Justice

Plainte pénale de Pascal Broulis contre un journaliste

Le conseiller d’Etat vaudois a porté plainte pour diffamation contre un journaliste du «Tages-Anzeiger» à la suite d’un article consacré à son statut fiscal. C’est la seconde fois que l’élu attaque ce journal devant la justice

L’affaire du statut fiscal de Pascal Broulis, qui a secoué le canton de Vaud au printemps 2018, ne cesse de faire des vagues. Le Ministère public du canton de Zurich vient en effet d’ouvrir une instruction pénale contre un journaliste du quotidien Tages-Anzeiger, Philipp Loser, à la suite d’une plainte pénale pour diffamation et calomnie déposée par le conseiller d’Etat. Une procédure révélée ce jeudi par le journal zurichois NZZ.

L’article en question remonte à plus d’une année. Le 29 septembre 2018, dans Magazin, le supplément du samedi du Tages-Anzeiger, Philipp Loser écrit que le grand argentier vaudois s’était livré à «une optimisation fiscale éhontée». A la suite d’une réclamation, le journal accepte de publier une déclaration de l’élu dans son édition du 20 octobre. Insuffisant aux yeux du conseiller d’Etat qui dépose alors plainte devant la justice zurichoise la veille des fêtes de Noël, le 21 décembre 2018. A cause d’une surcharge de travail, il faudra néanmoins près d’une année au procureur pour ouvrir la procédure.

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Contacté, le collaborateur personnel du conseiller d’Etat, Laurent Busslinger, confirme le dépôt de la plainte devant le Ministère public de Zurich: «L’article accusait Monsieur Broulis de s’être livré à une «optimisation fiscale éhontée», en contradiction avec les conclusions du Conseil d’Etat vaudois qui, le 30 mai 2018, à la suite de trois rapports d’expert, statuait qu’il n’y avait eu aucune optimisation fiscale de sa part. Tamedia [le groupe propriétaire du Tages-Anzeiger, ndlr] n’a pas voulu reconnaître cette erreur.» Laurent Busslinger précise qu’il s’agit d’«une plainte contre un journaliste qui a porté une fausse accusation, et aucunement une volonté de censurer les médias».

Crise institutionnelle dans le canton

Ce n’est cependant pas l’unique fois que Pascal Broulis attaque la presse devant la justice. En début d’année, il déposait une action civile pour atteinte à l’honneur contre un autre journaliste du Tages-Anzeiger, Philippe Reichen, son correspondant en Suisse romande. Le magistrat demande 75 000 francs de dédommagement et le retrait des articles incriminés des archives. Pour rappel, c’est Philippe Reichen qui a, le 9 février 2018, signé un article intitulé «Le secret fiscal du chef du Département des finances» mettant au jour que Pascal Broulis payait une partie de ses impôts dans sa commune d’origine de Sainte-Croix, alors qu’il vivait à Lausanne. Ces révélations vont être largement reprises par la presse et provoquer une crise institutionnelle.

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Philippe Reichen va ensuite consacrer de nombreux articles au politicien vaudois, notamment sur ses voyages privés effectués en Sibérie en compagnie du milliardaire suédois Frederik Paulsen et d’autres personnalités romandes. «De telles mises en cause systématiques de l’intégrité de Pascal Broulis et de son honnêteté sont inacceptables», dénonçait en mars dernier l’avocat du conseiller d’Etat, Alexandre Curchod, dans les colonnes du Temps. Une phase de conciliation ayant échoué, c’est la justice vaudoise qui devra trancher au final. A noter qu’à la suite de cette affaire, le député Hadrien Buclin (SolidaritéS) déposait le 14 mai une interpellation demandant si l’Etat participait aux frais d’avocat du conseiller d’Etat. Le canton n’a toujours pas répondu.

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