Nouveau rebondissement dans la guerre larvée qui oppose le rectorat de l'Université de Neuchâtel à une partie de la communauté universitaire. Dans un communiqué de presse diffusé hier, le recteur, Alfred Strohmeier, a annoncé qu'il retirait sa plainte contre inconnu qui avait entraîné l'ouverture d'une action pénale contre Yan Greub, maître-assistant en Faculté des lettres. Une démarche entreprise, écrit-il, «dans un souci d'apaisement».

L'affaire remonte à l'automne 2005. Quelques jours avant la tenue du Dies academicus, la communauté universitaire et les députés au Grand Conseil recevaient un courrier électronique leur annonçant la suppression de la cérémonie officielle et son remplacement par une «Journée de l'université». Furieux, le recteur décidait d'interpeller le Ministère public. Motif: les organisateurs de la journée avaient utilisé un pseudonyme qui donnait «de la crédibilité» à leur message. Les e-mails étaient signés par l'addition du nom et du prénom de deux collaboratrices du service de presse de l'Université.

La plainte contre inconnu a très vite visé le seul Yan Greub, surpris en train de diffuser une partie des e-mails incriminés depuis un ordinateur de l'université. Prévenu d'utilisation abusive d'une installation de télécommunications, il n'a jamais contesté les faits.

S'estimant victime d'une «tentative d'intimidation», Yan Greub a fait appel à Me Jacques Barillon pour assurer sa défense, comme l'a révélé L'Express mardi. Soit à peine deux jours avant que le recteur annonce le retrait de sa plainte.

Pour les pourfendeurs du recteur, parmi lesquels on trouve plusieurs professeurs et membres du corps intermédiaire, Alfred Strohmeier a reculé pour ne pas être confronté au ténor du barreau genevois et à la forte médiatisation qui aurait entouré le jugement, initialement fixé au 13 juin.

Responsable du Service de la communication de l'université, Claudine Assad refuse cette lecture des faits. «La plainte n'a pas été retirée par crainte de Me Barillon. La décision a été prise lundi.»

Mais pourquoi une telle décision maintenant, quatre mois après la première audition de Yan Greub? «Nous sommes allés au rythme de la justice. La présidente du Tribunal de police de Neuchâtel nous a demandé tout récemment si nous maintenions ou non notre plainte. Au sein de la communauté universitaire, énormément de gens plaidaient pour ce retrait. Le recteur les a écoutés.»