Plusieurs plaintes pour discrimination fondée sur l'orientation sexuelle ont été déposées récemment: pour des textes publiés, des vidéos sur le web ou dans le cadre de la campagne pour le mariage pour tous.

Plusieurs lesbiennes et gays de la région de Delémont ont reçu des lettres anonymes ou ont trouvé des feuillets avec des insultes à caractère homophobe dans leur boîte aux lettres, indique Juragai, l'association LGBTQ+ jurassienne dans son dernier bulletin. Au moins deux ont porté plainte.

L'un d'eux a également dénoncé à la police une violation de propriété et un vol. Lui et son compagnon se sont en effet fait dérober le drapeau «oui, je le veux», qu'ils ont aussitôt remplacé. Et dans leur boîte aux lettres ce feuillet: «Non à ces débiles de pédés et a ces folles de lesbiennes.»

Le même document, avec la même faute d'orthographe, a été envoyé par la poste à une femme habitant dans un village avoisinant qui a également porté plainte, précise Nicole Béguin, membre du comité de Juragai. Et un autre membre du comité a trouvé plusieurs flyers portant la même inscription par terre dans la rue à Delémont.

Le soir du 26 septembre: La Suisse et le mariage pour tous se sont dit oui

Homos comparés à la mafia

Deux autres plaintes ont été déposées directement par la faîtière suisse des hommes homo et bisexuels Pink Cross. L'une vise le rédacteur en chef du magazine bimestriel catholique THEOLOGISCHES et de son site Internet. Elle a été déposée au Tessin, son domicile.

Dans les numéros de janvier/février et mars/avril 2021 de cette revue et sur le site, un article intitulé «Über die Notwendigkeit homosexuelle Cliquen in der Kirche zu begrenzen» («De la nécessité d'endiguer les cliques homosexuelles dans l'Eglise») a été publié. Dans ces textes, les homosexuels sont comparés sans demi-mesure à la mafia, et accusés d'être des parasites.

Ces textes dont des extraits sont mentionnés dans la plainte, transmise à l'agence ATS, il leur est attribué des liens avec des organisations mafieuses existantes. On prétend même qu'ils n'hésiteraient pas à recourir au meurtre.

Soral

Pink Cross et son homologue LOS, faîtière des lesbiennes, ont déposé vendredi une autre plainte, déjà annoncée le mois dernier, contre Alain Soral. L'idéologue franco-suisse d'extrême-droite, installé à Lausanne, a tenu des propos virulents contre la communauté LGBTQ+ et contre une journaliste romande qui avait écrit un texte sur la diffusion en Suisse des idées de l'essayiste. La journaliste a également porté plainte.

Les propos d'Alain Soral, ainsi que toutes sortes de commentaires haineux de tiers, ont été diffusés dans des vidéos sur le Web et les réseaux sociaux. «On ne peut pas tolérer dans nos démocraties que l'on répande la haine et que l'on discrimine certaines parties de la société», expliquait alors Muriel Waeger, la directrice romande de Pink Cross.

Nouvelle norme pénale

Les plaignants s'appuient sur la nouvelle norme pénale contre l'homophobie, acceptée à plus de 63% par le peuple en février 2020 et entrée en vigueur quelques mois plus tard, en juillet. L'article 261bis du Code pénal punit désormais aussi les discriminations et l'incitation à la haine fondées sur l'orientation sexuelle.

Il est encore trop tôt pour disposer d'une statistique nationale des plaintes déposées. La Conférence des procureurs de Suisse ne tient pas ses propres statistiques dans le domaine des poursuites pénales. Son secrétaire précise que «nous n'avons pas connaissance de problèmes liés à l'application de la nouvelle norme».

Un avis que ne partagent pas vraiment les organisations LGBTQ+. Inquiètes de constater que les mesures d'accompagnement nécessaires pour que cette loi ait un effet concret font «jusqu'à présent totalement défaut», elles sont intervenues, de concert avec des députés, dans 16 cantons sous la forme d'interpellations.

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L'espoir va vers les cantons

«Le Conseil fédéral a manqué plusieurs occasions d'agir», soulignaient en mai dernier les organisations faîtières, pour qui le gouvernement «fait en sorte que la Suisse reste à la traîne en matière de protection et d'égalité des personnes LGBTQ+ par rapport aux autres pays européens». Elles placent ainsi leurs espoirs dans les cantons.

Elles précisaient alors que la plupart des agressions sont des injures et insultes. Quelque 18% des cas recensés en Suisse en 2020 concernaient des violences physiques, ce qui représente une baisse par rapport à 2019 quand elles constituaient un tiers des 66 agressions rapportées. Cette baisse s'explique probablement par les mesures de prévention du coronavirus. A peine 20% de ces agressions font l'objet d'une plainte, selon ce rapport.