éditorial

Le plaisir de la politique

En expliquant son départ prématuré par «une question de plaisir», Daniel von Siebenthal, le syndic d’Yverdon-les-Bains, interpelle la classe politique et les électeurs.

Daniel von Siebenthal, le syndic d’Yverdon-les-Bains, fera-t-il davantage parler de lui par sa démission que par sa gestion de la deuxième ville vaudoise? En expliquant son départ prématuré par «une question de plaisir», le magistrat socialiste renouvelle en tout cas le genre du discours d’adieu, tout en interpellant classe politique et électeurs.

Depuis peu, les papes et les rois démissionnent en demandant pitié pour leur grand âge. Chez les politiciens, il est désormais de bon ton d’écouter le corps qui dit stop, avant d’être forcé d’arrêter par la maladie. Il y a aussi ceux qui jettent l’éponge en avouant que cette vie-là n’était pas pour eux.

Mais le plaisir? Les élus qui s’accrochent au pouvoir durant des années se garderont bien d’avouer qu’ils y trouvent, justement, leur plaisir. Ils invoqueront au contraire la responsabilité, le devoir.

En motivant son départ par l’érosion de son capital plaisir, en admettant du même coup qu’il n’a pensé qu’à lui, Daniel von Siebenthal prend le risque de passer pour un faible ou un lâcheur. Dans le microcosme d’Yverdon, son mot fera sourire: le magistrat socialiste, qui passait lors de son élection en 2009 pour un syndic par défaut, n’a jamais eu un rayonnement tel qu’il rende ce plaisir évident et public.

Mais la démission du syndic a le mérite de rappeler que le plaisir est un moteur indispensable aux rouages de la politique, au bon fonctionnement de la vie démocratique à tous les niveaux. C’est un point de départ, autant que le sens civique, et une promesse, autant que l’ambition personnelle.

Quant à l’érosion progressive du plaisir, elle rappelle que la vie politique est dure, même dans une ville de 30 000 habitants. Elle ramène le politicien à ses propres limites. Il en faut de la carrure pour incarner la collectivité, imposer une ligne par conviction et charisme, sans devoir compenser des insuffisances de communication par un autoritarisme de cabinet, ce qui est peut-être arrivé au syndic d’Yverdon. Il en faut aussi pour avaler non seulement les échecs mais aussi les caricatures, les rumeurs sur la vie privée, pour sourire en se voyant brûlé en effigie lors du carnaval.

Le capital plaisir est en politique aussi précieux que fragile. Dans une période où le fonctionnement démocratique est confronté à un souci réel de renouvellement de qualité de ses acteurs, il n’est pas inutile de le dire.

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