Plan antipollution pour la vallée de Chamonix

Haute-Savoie Les maires de cinq communes ont présenté une série de 35 mesures

«La situation de crise sanitaire récurrente est inacceptable, il nous faut être à la pointe et unis pour réduire la pollution.» Eric Fournier, maire de Chamonix, avait le ton grave mercredi en présentant un plan pour la qualité de l’air dans la vallée de Chamonix-Mont-Blanc. Région la plus polluée de France à cause des particules fines, de l’ozone et du soufre, les vallées de Chamonix et de l’Arve dépassent largement le seuil admissible de 35 jours par an de grande pollution. Les écoliers sont parfois confinés dans leurs classes, les insuffisants respiratoires et les personnes âgées sont priés de rester chez eux. Des médecins disent consulter 30% d’enfants de plus qu’à l’habitude à cause de toux chroniques.

Entouré de quatre autres édiles, Eric Fournier a rappelé qu’il est en premier lieu de la compétence de l’Etat de garantir la santé publique. Les élus ont arrêté un programme d’interdiction progressive des véhicules les plus polluants d’ici à 2020, sur le modèle d’un plan parisien présenté le 9 février dernier.

Mais ils souhaitent aller plus loin en élargissant en cas de crise sanitaire majeure la mesure à tous les poids lourds en transit. Par ailleurs une idée fait son chemin: une voie unique pour les camions, la montée vers l’Italie se faisant par la vallée de la Maurienne (tunnel du Fréjus), la descente vers la France par Chamonix (sous le Mont-Blanc). Un projet pour l’heure utopique mais qui sera soumis aux ministères compétents à Paris.

Touristes en train?

Le plan des élus haut-savoyards, décliné en 35 points, comporte également une série de mesures incitatives locales. Comme un élargissement de la gratuité des transports collectifs afin de diminuer la circulation automobile, l’exonération de taxe de séjour pour les touristes venus en train ou une tarification réduite aux remontées mécaniques pour les amateurs de glisse qui font appel au covoiturage.

Pour l’habitat, un fonds air-bois doté de 4 millions d’euros (4,3 millions de francs) sera ouvert pour remplacer les appareils de chauffage au bois, extrêmement polluants. Agir sur les entreprises, notamment dans la vallée de l’Arve, avec notamment la limitation d’incinérateurs d’ordures ménagères, a été un autre point soulevé.

Mais les maires ont avant tout insisté sur le nécessaire développement du ferroviaire en Haute-Savoie, très en retard par rapport à d’autres départements. 3 millions d’euros ont été débloqués pour réhabiliter une partie de la ligne Bellegarde-Saint-Gervais, «mais cela reste très insuffisant», a dit Eric Fournier. Une grande nouvelle est venue de Paris avec l’annonce, le 24 février, du feu vert pour le lancement en 2016 des travaux de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin (30 milliards d’euros).

Pas de quoi cependant réjouir les défenseurs de l’environnement: «On nous l’avait promise pour 2012 et pendant ce temps-là on a occulté beaucoup d’investissements sur des voies existantes. On nous la promet pour 2030, n’est-ce pas un nouveau leurre?» Jérémy Vallas, jeune maire de Vallorcine, a recentré le débat: «Demander plus à l’Etat, c’est bien, mais c’est aussi à chacun d’adopter les bons comportements. Quand je vois des voitures immatriculées 74 rouler à 80 quand la vitesse est limitée à 50 à cause de la pollution, je me dis que c’est à nous, gens d’ici, de faire les premiers efforts.»