Le Plan directeur de la future défense nationale est achevé. Une étape essentielle de la réforme Armée XXI est ainsi atteinte. Le Conseil fédéral l'a examiné une dernière fois mercredi soir avant sa publication sur Internet, mardi prochain. Le Plan reste soumis à modifications. Le gouvernement, en effet, ne le mettra pas en consultation avant fin avril-début mai. D'entente avec le ministre de la Défense (DDPS), Samuel Schmid, le Conseil fédéral a apporté mercredi un correctif à l'organisation de l'école de recrues. Il a également obtenu du chef du DDPS qu'il élabore pour 2003, année de l'entrée en vigueur de la réforme, un budget militaire de 4 milliards de francs au lieu de 4,3 milliards comme le souhaitait Adolf Ogi. Le Plan directeur est un outil théorique indispensable à la construction de la nouvelle armée. Il apporte de nombreux changements. En voici les points forts.

Service militaire

Durée: la durée du service militaire est fixée à 280 jours pour les simples soldats, à 300 pour ceux qui souhaitent l'effectuer d'une traite (service long). La durée maximale, pour les mêmes personnels, demeure 330 jours, si la nécessité (menaces, dangers, etc.) l'impose. L'âge minimal du début des obligations militaires est de 18 ans.

Ecole de recrue: elle durera 24 semaines, soit six mois. Les deux premiers mois seront consacrés à l'instruction de base, les deux suivants à une spécialité et les deux derniers à la formation à l'échelon d'une unité. Les recrues, notamment pour des raisons d'études, pourront accomplir leur école en deux fois trois mois, selon le vœu du Conseil fédéral, qui a retenu une proposition du commandant de corps Jean Abt. Autrement dit, sur deux ans.

Cours de répétition: ils seront au nombre de 6 et comprendront chacun 19 jours. Ils obéiront à une fréquence annuelle. Le simple soldat en aura terminé de ses obligations militaires à 26 ans. Mais il restera incorporé quatre années encore dans une réserve (lire ci-dessous).

Effectifs

Armée d'active: elle comptera 120 000 soldats et comprendra les militaires de milice, les services longs (également de milice), les contractuels (engagement de plusieurs années) et les professionnels. Le nombre de ces derniers devrait se situer autour de 5000.

Réserve: elle comptera 80 000 soldats pour une période d'astreinte de 4 ans (de l'âge de 26 à 30 ans). Elle suppléera en cas de besoin aux manques d'effectifs et interviendra dans le cadre de catastrophes naturelles, par exemple. La réserve est en outre un «réservoir» de forces qui s'intègre dans la théorie de la montée en puissance graduelle de l'armée face à un péril qui menacerait la Suisse.

Avancement

Les recrues pourront commencer une école de sous-officiers ou d'officiers trois mois après leur entrée sous les drapeaux. Elles décrocheront le grade de sous-officier après 10 mois de service, celui d'officier après 13.

Commandement général

Un poste de chef de l'armée est créé. Il commande au chef de l'état-major général, à ceux des Forces terrestres et des Forces aériennes. Il chapeaute l'instruction supérieure des cadres. L'ensemble forme un conseil de direction. Le chef de l'armée aura le grade de commandant de corps. Il n'est donc pas le général que le Conseil fédéral nomme en cas de guerre. Cette nouvelle structure de commandement doit considérablement simplifier la structure aujourd'hui en vigueur où il n'existe pas à proprement parler de leader.

Commandement des forces terrestres

Le changement est radical là aussi. Un commandant de corps coiffe une structure ternaire: un chef (divisionnaire) de l'engagement, un autre (divisionnaire) de l'instruction des troupes terrestres et un troisième (sans grade encore défini), chargé de la logistique. Le chef de l'engagement commande les brigades d'engagement (au nombre de six à huit) et les quatre zones territoriales. Celles-ci sont une création qui remplace les quatre corps d'armée. L'une englobera la Suisse romande plus le canton de Berne. La structure de commandement des Forces aériennes épouse grosso modo le même modèle.

Disparitions et créations

Les corps, les divisions et les régiments disparaissent. Ils font place aux brigades et aux bataillons. Les bataillons sont des modules intégrables aux brigades.

Missions

Les trois missions de l'armée demeurent: défense du territoire, soutien à la paix et gestion des crises, sauvegarde des conditions d'existence. La première est «la plus importante», mais les deux suivantes sont «prioritaires» en temps de paix.

Coopération et neutralité

Le Plan directeur relève qu'en raison de la diminution des ressources financières allouées à l'armée, l'autonomie des moyens de défense n'est plus possible. Entre les lignes, il est dit qu'elle n'est plus souhaitable non plus. Place à la coopération avec des forces étrangères. Le Plan directeur plaide pour son accroissement, afin notamment de se prémunir de la menace potentielle constituée par les missiles balistiques et les missiles de croisière. Le Département fédéral de la défense appelle à une forme d'intégration des systèmes suisses et étrangers (amis) de surveillance de l'espace aérien. La menace, selon l'analyse qui est faite, pourrait venir du sud de la Méditerranée, du Proche et du Moyen-Orient. Le Plan directeur insiste sur l'utilité et le développement de la participation helvétique à des opérations de soutien à la paix (a posteriori) et de gestion des crises (a priori). Cela n'est possible, lit-on, qu'en autorisant l'armement des soldats suisses à l'étranger (sujet de la votation de juin).

La neutralité n'est pas abandonnée, mais, toujours en se plaçant dans une logique de coopération, la Suisse rejoindrait une alliance si elle était attaquée. La neutralité, alors, sera caduque, note le Plan directeur. Si une puissance agresse l'Allemagne, la Suisse se sentira-t-elle agressée aussi?