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Le Conseil d'Etat neuchâtelois sait qu'il peut profiter d'atouts institutionnels pour faire passer son programme d'économies.
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Analyse

Pourquoi le plan neuchâtelois d'économies à 100 millions doit aboutir

Trois raisons plaident en faveur de la réussite du programme prôné par le gouvernement: la neutralisation partisane interne, l'outil parlementaire qui exige des majorités des trois cinquièmes et la nécessaire crédibilité envers la Confédération

Les Neuchâtelois sont sous le choc de l'annonce solennelle faite par le président du Conseil d'Etat, le socialiste Jean-Nat Karakash, en même temps que la candidature in corpore des cinq membres du gouvernement à leur réélection en avril 2017: l'état des finances cantonales est critique, le canton a abruptement perdu 100 millions de recettes en deux ans, un programme d'assainissement de la trésorerie de 100 millions est indispensable. 

Lire aussi: Une tuile neuchâteloise à 100 millions

La surprise ne devrait pourtant pas être de mise. Le prétendu effondrement des rentrées fiscales des entreprises, de 220 millions en 2014 à 170 millions en 2016, n'est qu'un retour à un niveau encore supérieur à ce qu'il était avant les réformes de 2012. Il y a certainement eu l'illusion que cette manne augmenterait indéfiniment. Pour rafraîchir les mémoires, elle n'était que de 130 millions lors de ce qui était alors l'année record de 2007!

L'autre source de tracas neuchâtelois, c'est la réduction de 65 millions en deux ans de la part cantonale à la péréquation intercantonale. Là encore, il n'y a pas à être étonné. L'ancien grand argentier Jean Studer, dont la voix politique se refait entendre ces derniers temps, n'avait-il pas prévenu du risque de passer parmi les cantons contributeurs et de "perdre" 120 millions ? Tel n'est pas le cas. Moins dépendre de la RPT devrait être perçu comme une nouvelle encourageante, signe de meilleure santé.

Pas suffisamment anticipé l'inéluctable

On peut ainsi reprocher au Conseil d'Etat de ne pas avoir suffisamment anticipé ces inéluctables et prévisibles diminutions de revenus. Il corrige le tir aujourd'hui en prenant le taureau par les cornes, en réclamant un effort minimal à 100 millions. Pour rééquilibrer la trésorerie. 100 millions, ce sont 5% des charges. Dans la mesure où il faut se serrer la ceinture, cela pourrait l'être d'un cran supplémentaire.

En mars 2016, l'institut BAK Basel produisait, à la demande du canton, une étude montrant qu'à Neuchâtel, les coûts standards des prestations publiques sont 30% supérieurs à la moyenne suisse. Avec des pics dans les hôpitaux, pour les personnes âgées, la formation professionnelle, la police. Et d'estimer qu'une diminution de 200 millions des dépenses rapprocherait du standard fédéral. C'est le double du plan gouvernemental. Et même le quadruple, car le programme à 100 millions prévoit un report théorique de charges de 25 millions sur les communes (en réalité 3-4 millions, car elles profiteront aussi des coupes cantonales) et le report d'une baisse fiscale pour 28 autres millions.

Le Conseil d'Etat estime qu'au-delà de 100 millions, l'effort serait trop ardu et casserait la dynamique positive qu'il s'évertue à insuffler depuis 2013. Soit.

Lire aussi: La sonnette d'alarme financière tirée à Neuchâtel

Les chiffres posés, il s'agit de valider un plan qui crée le mécontentement général. C'est sa chance. L'équilibre des efforts, mesurés au demeurant, devrait annihiler les résistances opposées. A moins que tout le monde se ligue pour tout refuser, ce qui plongerait alors le canton dans le chaos.

Crédibilité à Berne

Neuchâtel n'a d'autre choix que d'assainir, il en va du fonctionnement interne du canton. Mais pas seulement, l'image externe d'un canton qui demande à la Confédération de financer ses infrastructures de mobilité est aussi en jeu. La crédibilité de Neuchâtel passe par l'aboutissement complet du programme minimum à 100 millions.

Lire aussi: Le semestre de vérité pour Neuchâtel

Le gouvernement dispose d'un double outil institutionnel pour faire passer sa pilule. Le frein à l'endettement, qui limite le déficit budgétaire à 1% des revenus considérés (18 millions), est outrepassé en 2017 (69 millions de déficit au budget). Il le sera déjà avec les comptes 2016. Une dérogation est possible, durant deux ans, ensuite de quoi le mécanisme prévoit la hausse automatique de la fiscalité. Personne n'en veut.

Le besoin de majorités qualifiées

L'autre outil est plus subtil. Pour toute décision ayant une implication financière élevée (7 millions d'un coup, ou 700 000 francs pérennes), le Grand Conseil a besoin d'une majorité qualifiée des trois cinquièmes, soit 69 députés sur 115. Les groupes politiques pourront batailler, menacer de bloquer, aucun n'a les moyens d'obtenir la majorité qualifiée. Le PLR a beau s'insurger contre le report de la baisse fiscale, il trouvera peut-être des alliés chez les vert'libéraux et l'UDC, mais cela ne suffira pas.

Le Grand Conseil, et notamment ses deux groupes gouvernementaux PS et PLR, n'ont d'autre choix que de s'entendre et trouver un consensus derrière les mesures prônées par le Conseil d'Etat. Bien sûr, en période pré-électorale, les uns et les autres vociféreront, tenteront, pour la galerie, de défendre bec et ongles leurs idéologies, pour séduire leurs électorats respectifs. En vain. Neuchâtel est condamné au consensus et à l'austérité. Un effort modéré qui doit permettre de réaliser les grands chantiers de demain et de doter le canton de structures en phase avec ses moyens.

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