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Le plébiscite du maire hors norme de Berne

Alexander Tschäppät a été réélu avec 69,9% des suffrages. Qui est vraiment ce socialiste, maire depuis 2004?

Alexander Tschäppät est un phénomène. Ses frasques n’ont aucune prise sur sa popularité. Très habile pour s’en excuser ou en rire en coulisse, il en tire même profit. Dimanche, le flamboyant socialiste de 60 ans a obtenu un triomphe: il a été réélu pour un troisième et dernier mandat à la mairie de la Ville de Berne par 69,9% des votants, ne laissant que les miettes à ses adversaires, l’UDC Beat Schori (16,8%) et le PLR Alexandre Schmidt (13,3%).

Dans la foulée, la gauche rose-verte reste majoritaire à l’exécutif, avec l’élection des conseillères nationales socialiste Ursula Wyss et verte Franziska Teuscher. L’opposition bourgeoise doit se contenter de deux sièges, pour le sortant PDC Reto Nause et le libéral-radical Alexandre Schmidt, préféré à l’UDC Beat Schori.

Un bonhomme chatoyant, sympathique, populaire, beau parleur. Ces qualités sont unanimement reconnues à Alexander ­Tschäppät. Un chef humain, abordable, convivial, ajoute un observateur. «Sa capacité à bien parler, de tout, mais en particulier de sa ville qu’il aime profondément, plaît aux Bernois», ajoute un socialiste admiratif.

Pourtant, Alexander Tschäppät a plusieurs fois défrayé la chronique, notamment dans les médias zurichois, avec ses excès comportementaux. Il danse sur les tables après un match de football, invective Christoph Blocher dans une arrière-salle de restaurant. Mais les Bernois lui pardonnent. Parce qu’Alexander ­Tschäppät est une marque qui vend avec fierté et conviction la ville de Berne, souvent raillée à l’extérieur. Ne dit-il pas en permanence: «Ce n’est pas Zurich, ici.» Ajoutant que «Berne est la plus belle ville du monde, ni trop grande ni trop petite, où il fait bon vivre».

Le maire profite pleinement de l’association de son nom à celui de la ville, depuis des lustres. Son père, Reynold, fut maire de Berne de 1966 à son décès, à son bureau, en 1979. Une icône, populaire et chaleureuse. Le fantôme du père hante le fils, juriste de formation comme lui, qui surfe habilement sur cette filiation.

Le charisme verbal et le fait d’être né dans la «bonne» famille ne suffisent pas à expliquer le plébiscite d’Alexander Tschäppät. Sa politique est saluée, pour le logement ou les transports. A l’inverse de Genève, la réorganisation des lignes de tram a été un succès. Berne donne l’impression de bouger. «Nous sommes passés de 126 000 à 135 000 habitants», se réjouit un maire qui aime citer l’aménagement des places comme réalisations marquantes: la place Fédérale et ses jets d’eau, celle de la gare et sa couverture en forme de vague.

Décrit comme un piètre gestionnaire des situations de crise, Alexander Tschäppät retourne tout à son avantage. Ainsi en a-t-il été du nouveau parc des ours, inauguré en octobre 2009. Devisé à 9,7 millions, il a coûté 24 millions. Ce n’est pas ma faute, a-t-il éludé, privilégiant l’ironie pour noter que «Zurich n’a pas de parc à lions» ou pour saluer les qualités de l’ours, «plein de sollicitude, opportuniste, intelligent, intuitif», signant presque un autoportrait.

Des voix critiques reprochent à Alexander Tschäppät son laisser-aller face aux dérapages du centre alternatif de la Reitschule, et nuancent le triomphe de dimanche. «Il obtient 17 628 voix pour un corps électoral de 83 000 citoyens», note son adversaire PLR Alexandre ­Schmidt, montrant ainsi que près de 80% des Bernois n’ont pas voté pour lui, sans toutefois soutenir qui que ce soit d’autre. Un observateur estime avec cynisme que la qualité première d’Alexander Tschäppät est de ne pas avoir d’adversaire à la hauteur.

«La gauche mène une politique unilatérale, pour sa clientèle électorale, reprend Alexandre Schmidt. Les propriétaires sont négligés. Ils paient une taxe sur la pluie qui tombe. J’ai fait capoter au parlement de la ville un projet de taxe sur l’illumination des rues que la majorité voulait faire supporter aux propriétaires riverains.»

Des voix critiques aussi au plan cantonal. Alexander Tschäppät a lancé le projet de «Berne, région capitale» pour favoriser l’agglomération. Sans tenir compte des stratégies cantonales. «Il regarde les conseillers d’Etat de haut et ne s’engage que pour sa ville», dit un député.

Autre sujet qui irrite, le double mandat d’Alexander Tschäppät, maire de Berne et conseiller national depuis 2011. Son absentéisme du parlement fédéral interpelle. Il a annoncé que, dans quatre ans, il quitterait la mairie de Berne. Cédant certainement la place à celle qui a obtenu, dimanche, un meilleur score personnel que lui, Ursula Wyss. Le style sera bien différent.

«Sa capacité à bien parler, en particulier de sa ville qu’il aime profondément, plaît aux Bernois»

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