Cointrin

En pleine crise, Genève Aéroport tient sa nouvelle feuille de route

Le Conseil d’Etat a renouvelé les objectifs de la régie publique pour 2019-2024. Afin de réduire les nuisances sonores, les décollages planifiés après 22h seront interdits

Alors que l’aéroport international de Genève traverse une zone de turbulences, le Conseil d’Etat renouvelle la convention d’objectifs qui le lie à l’établissement public autonome. Le précédant texte, signé en décembre 2016, arrivait à échéance à la fin de cette année, mais le gouvernement a souhaité anticiper. «Sans lien aucun avec les affaires judiciaires en cours», précise-t-il. Soupçonné de corruption, l’ancien chef de la division sûreté passagers est actuellement en détention préventive. La Cour des comptes a par ailleurs relevé une série de dysfonctionnements et des «risques de fraude importants».

La précédente convention visait déjà une «reprise en main politique» de Cointrin après un audit de la Cour des comptes qui dénonçait des carences en termes de gouvernance. Difficile de ne pas faire le rapprochement. Néanmoins, la nouvelle mouture aborde peu les questions de gestion pour se concentrer sur le volet économique et environnemental. Après des années de croissance galopante, l’heure est à un «développement et une exploitation maîtrisés» du site aéroportuaire. Une stabilisation qui se reflète dans les chiffres de Genève Aéroport, qui a connu, en 2018, une baisse de 1,9% du trafic de ligne par rapport à 2017.

Réduire les nuisances

Dans une «approche écologique renforcée», l’Etat veut limiter les impacts sur la population. Jusqu’ici «évités au maximum», les décollages planifiés après 22h seront désormais interdits, à l’exception de trois vols intercontinentaux s’ils sont opérés avec des appareils de dernière génération. De même, afin de limiter les vols retardés après 22h, le gouvernement incite l’aéroport à pratiquer une politique tarifaire dissuasive. La nouvelle convention souscrit à la norme fédérale PSIA (Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique), qui fixe notamment un seuil maximal de bruit. Dans l’optique d’apaiser les conflits, la convention préconise encore «un renforcement de la collaboration avec les communes et les associations riveraines».

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L’initiative constitutionnelle «Pour un pilotage démocratique de l’aéroport de Genève» a passé la rampe des signatures; en cas d’acceptation dans les urnes, pourrait-elle mettre en péril la convention? «Non, assure Antonio Hodgers. La convention fixe des objectifs concrets, contrairement à l’initiative, qui n’évoque que des principes.» Le Conseil d’Etat soutient le contre-projet, «plus équilibré», concocté par le Grand Conseil début mars. «Il tient compte de l’aspect environnemental tout en préservant les emplois.» La date de votation n’est pas encore fixée.

Une confiance réitérée

Alors que près de la moitié des conflits sociaux du canton ont lieu sur le site aéroportuaire, on l’a vu chez Gate Gourmet, Custodio ou encore récemment chez Dnata, l’Etat a-t-il l’intention de limiter le recours à la sous-traitance? «Pas en l’état, répond Serge Dal Busco, ministre de tutelle de Genève Aéroport. On incite en revanche Genève Aéroport à s’assurer que toutes les entreprises présentes sur son sol respectent les dispositions réglementaires en termes de conditions de travail et de conditions sociales.»

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Quant aux potentiels conflits d’intérêts dans l’attribution des marchés publics, Serge Dal Busco admet que «si les faits devaient être avérés, ils seraient graves». A ce stade, l’ensemble du collège réitère sa confiance envers la direction et le conseil administration, qui ont «immédiatement pris les mesures nécessaires pour s’assurer que les procédures en cours soient conformes au droit et pour préserver les prestations à l’égard des passagers».

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