Les plus rapides seront-ils les premiers servis? Bien qu'attendu pour mai, le rapport sur la surcharge et ce que le Conseil d'Etat vaudois appelle la «pénibilité» du travail dans l'administration cantonale ne sera pas disponible avant plusieurs mois. Mais les employés du Centre hospitalier universitaire vaudois qui s'étaient fortement mobilisés durant les manifestations de l'automne dernier sont sur le point d'obtenir gain de cause sur une partie de leurs revendications.

Charles-Louis Rochat va présenter au Conseil d'Etat une demande de 73 postes supplémentaires pour le CHUV. Le chiffre paraît spectaculaire. C'est en fait un compromis entre les 200 postes que réclamaient la délégation du personnel du CHUV et les études menées en juin 1998 par les directions du Service des Hospices cantonaux et du CHUV, qui faisaient état d'une sous-dotation de quelque 40 postes. Les nouveaux moyens alloués à l'hôpital vaudois devraient permettre de remédier au sous-effectif chronique des infirmières, d'ouvrir 10 lits en médecine et trois au secteur des soins intensifs. Ils soulageront un hôpital débordé, qui doit convaincre tous les jours quelques-uns de ses patients de changer d'établissement. En outre, le personnel du bloc opératoire, soumis à des conditions de travail particulièrement difficiles, sera renforcé par 10 personnes.

On voit mal le Conseil d'Etat refuser ces nouveaux postes, ces besoins jugés prioritaires et urgents ayant été déterminés par les Hospices à la demande de Charles-Louis Rochat. En pleine table ronde, c'est un signe politique très fort que le gouvernement s'apprête à donner, après une décennie marquée par des restructurations (Opérations Orchidée I et II).

Sa décision sera d'autant plus attendue que le CHUV n'est pas le seul secteur de l'administration qui réclame des moyens urgents. L'automne dernier, la police cantonale, par l'intermédiaire de ses associations professionnelles, avait également fait part de ses difficultés. Les demandes sont désormais chiffrées. Sept postes supplémentaires sont nécessaires à très court terme, 13 d'ici à la fin de l'année, dont une dizaine seront débloqués par l'augmentation du contingent de l'école d'aspirants qui commencera au printemps 2000. Au-delà de cette date, les besoins supplémentaires de la police cantonale ont été chiffrés à quelque 35 personnes. Ils sont justifiés par l'ouverture de la A1 et de l'Expo.01, ainsi que par une simple question de rattrapage des effectifs. L'absence d'école d'aspirants certaines années, qui n'a pa permis de compenser les départs à la retraite, a fait fondre les forces de la police cantonale au-dessous du seuil normal. Dans l'immédiat cependant, Jean-Claude Mermoud, qui soutient la démarche de ses policiers, n'aura pas à défendre une demande de moyens supplémentaires au Conseil d'Etat, les réallocations pouvant se faire pour le biais de transferts internes au sein du Département de la sécurité et de l'environnement.

L'école, secteur essentiel

Difficulté supplémentaire pour le Conseil d'Etat et la commission des finances du Grand Conseil, les foyers de révolte ne sont pas limités au CHUV et à la gendarmerie. Il y a quelques semaines, la commission des finances a accordé 14 postes au service pénitentiaire. Et jeudi passé, c'est le Service de protection de la jeunesse qui a obtenu 7 personnes pour qu'il puisse faire face aux situations d'urgence qui s'accumulent et qui voient chaque assistant social s'occuper de plus de 100 dossiers à la fois, au lieu des 60 qui sont considérés comme une charge de travail normale. Ce n'est pas par hasard que les socialistes vaudois parlent de 200 à 300 postes supplémentaires pour remettre le service public à flot.

Le chiffre exact ne sera connu que lorsque l'étude générale sur la surcharge de travail sera terminée. On en est encore loin. Le chancelier d'Etat, Vincent Grandjean, coordonne les contacts entre l'administration et les syndicats de fonctionnaires. Il devrait pouvoir compter sur un collaborateur pour cette tâche, mais ce dernier n'a toujours pas été engagé. Pendant ce temps, les rapports des différents services cantonaux s'accumulent sur son bureau. Les préposés des Offices des poursuites, les cantonniers, les ingénieurs forestiers, et l'établissement scolaire de l'Elysée à Lausanne, entre autres, ont déjà fait parvenir leurs cahiers de doléances. Dans ce redéploiement prévisible des effectifs de l'administration cantonale, l'école est évidemment un secteur essentiel. On sait que les premières mesures d'allégement proposées par Francine Jeanprêtre tenant essentiellement à réduire les exigences d'évaluation dans le cadre d'EVM sont considérées comme insuffisantes par les syndicats d'enseignants. Une étude sur les conditions de travail des maîtres est désormais lancée, qui servira d'argumentaire à d'éventuels correctifs. A l'arrivée, compte tenu de ses limites financières, le Conseil d'Etat devra bien se résoudre à procéder à des arbitrages. Autrement dit, évaluer la surcharge d'une infirmière, d'un gendarme, d'une maîtresse d'école d'enfantine ou d'un employé de l'Office des poursuites, savoir si elle est équivalente ou si certains déséquilibres sont plus acceptables que d'autres.