Étrangers

Le PLR attaque l’initiative de l’UDC «contre l’immigration massive»

Le parti a présenté lundi un avis de droit indépendant de la docteure en droit Julia Hänni. Selon les libéraux-radicaux, les conséquences du texte de l’UDC seront «catastrophiques pour la voie royale des bilatérales»

Dans la dernière ligne droite avant les élections fédérales, tous les coups sont permis. Sur le front de la politique d’asile et de l’immigration, le PLR a souvent des idées qui se rapprochent de celles de l’UDC. Mais le parti tient à s’en distancier très clairement à propos de l’initiative «contre l’immigration massive».

Pour ce faire, le PLR a présenté lundi une expertise juridique indépendante rédigée par la docteure en droit Julia Hänni. Depuis le lancement de l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse», le PLR «n’a cessé de mettre en garde contre les conséquences catastrophiques que cette dernière pourrait avoir pour la voie royale des bilatérales», clame-t-il dans un communiqué. Des craintes que l’expertise juridique confirme. L’avis de droit démontre que l’initiative sur l’immigration mène la Suisse «dans une impasse». «Il a confirmé nos pires craintes», a relevé le président du PLR Fulvio Pelli devant les médias. Il était accompagné pour l’occasion de Julia Hänni et de Werner Baumann, ancien ambassadeur de Suisse en Allemagne, aujourd’hui vice-président d’un institut de droit international.

L’avis de droit souligne que l’initiative est contraire aux dispositions des accords de libre circulation et qu’elle contrevient gravement aux droits fondamentaux de l’UE. Il conclut que «l’acceptation de l’initiative contre l’immigration entraînerait une limitation de la libre circulation non compatible avec les accords signés» et que «ce nouvel état entraînerait la résiliation des accords de libre circulation et conduirait certainement à la mort du paquet d’accords signés dans le cadre des Bilatérales I».

«Elle nous mène droit dans le mur car elle réduit notre marge de négociation avec l’Europe. En effet, comment l’UE pourrait-elle accepter de poursuivre ses pourparlers avec un pays qui exige un accord bilatéral de libre circulation mais qui instaure également des contingents et des examens individuels d’intégration? Ces pratiques sont totalement contraires au droit européen», s’inquiète le PLR.

Le parti ajoute qu’outre l’aspect juridique, il serait politiquement risqué de vouloir renégocier ces accords étant donné la situation actuelle de la Suisse. Et dit s’opposer avec véhémence à cette «politique suicidaire».

«En acceptant cette initiative, nous violerions un principe fondamental de l’UE et cette dernière refuserait sans aucun doute d’ouvrir la porte à de nouvelles négociations avec la Suisse. Si, malgré tout, l’UE acceptait d’entrer en matière, elle poserait vraisemblablement des conditions inacceptables pour la Suisse, comme par exemple la fin du secret bancaire, l’échange automatique d’informations et l’adoption automatique du droit de la communauté européenne. L’UDC est-elle prête à faire pareilles concessions? Les discours de l’UDC ne sont que pure tactique électorale dont le PLR condamne avec force la dangerosité», fait savoir le PLR dans son communiqué.

Ce week-end, c’est Christophe Darbellay, le président du PDC, qui a critiqué l’initiative de l’UDC. Il a, dans le SonntagsBlick, enjoint aux candidats UDC au Conseil fédéral de s’en distancier. Le texte crée un malaise au sein de l’UDC elle-même, plus particulièrement chez les représentants de l’aile économique qui ne la voient pas vraiment d’un bon œil.

Habituée à répondre aux coups, l’UDC a rétorqué lundi par voie de communiqué. En se basant sur les dernières statistiques de l’Office fédéral des migrations, qui révèlent que le nombre d’étrangers en Suisse est, à fin août, passé à 22,3%. En un an, le nombre des Européens a augmenté de 4% contre 0,8% pour les extra-Européens. «Ne pas parler d’immigration de masse devant ces résultats, c’est fermer les yeux devant la réalité. Les conséquences à long terme de ce développement durable pour les infrastructures, l’espace habitable et le marché du travail sont incalculables. Ce qui est certain, c’est que la Suisse a abandonné sa marge de manœuvre en politique des étrangers avec la libre circulation des personnes et les frontières ouvertes par l’accord de Schengen», dénonce l’UDC, en mettant son initiative en avant.

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