Le PLR se dote d’un nouveau slogan: «Pour davantage de vert, votez bleu», la couleur des libéraux-radicaux. Réunis samedi à Zurich, les délégués du parti ont donné corps à cette couleur en prenant une décision surprise: par 158 voix contre 145 et 6 abstentions, contre l’avis de leur présidente, Petra Gössi, ils ont décidé de tenir compte des dernières recommandations du Groupe d’experts sur le climat (GIEC).

Celui-ci demande d’aller plus vite que l’Accord de Paris sur le climat signé en 2016: il recommande un «bilan nul» des émissions de CO2 d’ici à 2050. Or, c’est exactement ce que réclame, en Suisse, l’initiative pour la protection des glaciers, un texte dont on n’imaginait pas forcément qu’il obtienne le soutien du PLR.

Taxe affectée et ristournée

Or, le parti demande désormais, dans sa prise de position sur le climat, que les émissions de gaz à effet de serre soient «complètement supprimées d’ici à 2050» et pas avant la fin du siècle comme le proposait la direction du parti. Le résultat serré montre cependant que l’accélération du calendrier reste controversée au sein du PLR.

Lire aussi: Le plan climatique subsidiaire du PLR

Dans le domaine, sensible, de la mobilité, les délégués libéraux-radicaux ont pris deux décisions qui vont dans le même sens. Le principe d’une taxe incitative sur les billets d’avion est approuvé par 121 voix contre 103. La conférence des présidents cantonaux du parti n’en voulait pas. Mais plusieurs délégués sont intervenus pour réclamer un tel prélèvement sur le trafic aérien. Ils se sont entendus pour soutenir un amendement déposé par le conseiller aux Etats Damian Müller (LU), par ailleurs membre de la commission qui tente de repêcher la révision de la loi sur le CO2. Sa proposition: prélever une taxe sur les billets d’avion et en partager les recettes entre un fonds pour le climat et la redistribution à la population.

Les délégués ont également dit oui au principe d’une taxe incitative sur les carburants, qui s’ajouterait aux prélèvements existants. Le contraire aurait été en contradiction avec la décision prise sur l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la mesure où le trafic motorisé est un des principaux producteurs de CO2, relèvent plusieurs délégués. Emmenés par Jacques Bourgeois (FR), directeur de l’Union suisse des paysans (USP), les représentants des régions périphériques s’y sont vainement opposés. En revanche, la promotion des trains de nuit n’a pas trouvé grâce aux yeux des délégués.

Conflit de générations

La discussion a par ailleurs déclenché un conflit de générations. Deux jeunes délégués alémaniques particulièrement actifs, Nicolas Rimoldi (24 ans, LU) et Alain Schwald (28 ans, ZH) ont multiplié les interventions visant à consolider le profil libéral du PLR. Ils ont d’abord demandé de supprimer toute référence à d’éventuelles restrictions. Ils ont échoué. Le conseiller national Hugues Hiltpold leur a expliqué qu’il fallait «parfois accepter des restrictions ou des interdictions, par exemple l’amiante, un produit aujourd’hui interdit».

Dans le même esprit, ils ont tenté de redonner un avenir à l’énergie nucléaire. Nicolas Rimoldi: «Les jeunes descendent dans la rue pour manifester en faveur du climat. Nous, les Jeunes PLR, voulons lever l’interdiction de l’énergie nucléaire. Les centrales de nouvelle génération sont sûres et contribuent à la réduction d’émissions de CO2. Nous en avons besoin pour atteindre les objectifs de l’Accord sur le climat», plaide-t-il, en vain. Leur proposition a été rejetée par 181 voix contre 68.

Les deux mêmes Jeunes PLR, qui ont également voté contre la taxe sur les billets d’avion, ont néanmoins obtenu leur revanche. Toujours au nom d’une «politique climatique libérale», ils ont convaincu la base du parti d’inscrire la levée du moratoire sur le génie génétique dans le programme.

Un billet polémique de Philippe Nantermod: Climat: paniquer moins, réfléchir davantage

«Acceptez et respectez les décisions»

Le document de départ préparé par la direction du parti a, au total, fait l’objet d’une soixantaine d’amendements. Les délégués en ont débattu pendant près de quatre heures avant de l’accepter par 190 voix contre 19. La nécessité de se positionner sur le sujet n’a guère été contestée. «Ne laissez pas la gauche et les Verts s’occuper seuls du climat, ils ne vont nous imposer que des taxes et des interdictions», plaident de concert Petra Gössi et la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro.

Petra Gössi attend désormais de tous qu’ils «acceptent et respectent les décisions prises par l’assemblée des délégués. Nos propositions sont soutenues par les milieux économiques: Swissmem, et donc les entreprises de la branche qui consomment le plus d’énergie, juge nécessaire une taxe d’incitation CO2 sur toutes les énergies fossiles», souligne-t-elle.