La campagne électorale entre sur le terrain judiciaire. Quatre leaders du PLR ont déposé mercredi auprès d’un tribunal de district du canton de Zurich une demande de mesure superprovisionnelle pour stopper une campagne d’affichage menée par le Comité d’Egerkingen, proche de l’UDC. Sur des placards, dans les réseaux sociaux et sur internet, ce comité présidé par le conseiller national UDC Walter Wobmann a publié une annonce disant que «le PLR protège les islamistes radicaux en Suisse». Sous ce slogan, on voit les portraits de la présidente du PLR Petra Gössi, du chef du groupe parlementaire Beat Walti et des conseillers nationaux bernois Christa Markwalder et Christian Wasserfallen.

A l’origine des initiatives sur les minarets et l’interdiction de se dissimuler le visage (notamment le port de la burqa), le Comité d’Egerkingen leur reproche de ne pas avoir soutenu une motion de l’UDC intitulée «Halte à l’expansion de l’islam radical en Suisse!». Cette intervention parlementaire réclame des bases légales et des mesures draconiennes pour surveiller les mosquées, leur financement et pour identifier, interdire et expulser les musulmans radicalisés. Elle a été rejetée d’extrême justesse, par 92 voix contre 91, le 10 septembre.

«Ce comité franchit la limite de ce qui est acceptable»

Tous les membres du groupe UDC et la quasi-totalité des démocrates-chrétiens l’ont soutenue, alors que le camp rose-vert, les Vert’libéraux, le Parti bourgeois-démocratique et tous les libéraux-radicaux sauf deux l’ont rejetée. Comme l’a expliqué ce jour-là la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, plusieurs des mesures exigées par cette motion déposée en 2017 ont été réalisées entre-temps. Elles concernent les interdictions d’entrée en Suisse, les expulsions, la protection de l’Etat, la surveillance des imams, la lutte contre le terrorisme ou encore le blanchiment d’argent. «J’aimerais clairement souligner, et ne laisser planer aucun doute à ce sujet, que le Conseil fédéral combat toutes les mouvances religieuses, islamistes ou extrémistes», a alors ajouté la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP).

C’est parce que l’immense majorité du PLR a rejeté cette motion que le Comité d’Egerkingen affirme sur ses affiches que les libéraux-radicaux ne veulent prendre «aucune mesure contre l’islamisme radical». «C’est totalement absurde», réagit Christian Wasserfallen, l’un des politiciens libéraux-radicaux visés. «Cette accusation est infondée. En publiant sans autorisation nos photos sur ses affiches, ce comité franchit la limite de ce qui est acceptable», poursuit-il.

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Le PLR avait déjà été attaqué par l’UDC sur l’affiche qui montre une pomme dévorée par des asticots. L’un des vers portait les couleurs et le logo des libéraux-radicaux. Les sections cantonales qui avaient prévu d’apparenter leurs listes avec celles de l’UDC avaient protesté, mais l’affaire n’est pas allée plus loin. «Là c’est trop. Ce sont des attaques personnelles. On ne peut pas toujours tout tolérer. Nous avons décidé de réagir», reprend Christian Wasserfallen. Il est conscient que la réaction des quatre leaders du PLR contribuera à rendre la campagne du Comité d’Egerkingen plus visible. Mais l’objectif est de faire disparaître ces placards dans un délai de 24 heures, sous peine d’une amende de 10 000 francs. Contacté, Walter Wobmann ne voit pas de raison de les retirer. «Nous ne faisons que montrer à la population le comportement politique du PLR. Ne devrait-elle pas en être informée?» dit-il. Le tribunal zurichois devrait se prononcer ces prochains jours.