Séance matinale et historique ce lundi pour le comité directeur du PLR genevois. A l’ordre du jour, l’exclusion de Pierre Maudet, l’enfant prodige du parti, tombé en disgrâce en raison d’un feuilleton politico-judiciaire qui se prolonge. Comme annoncé, le principal intéressé a refusé de se rendre à cette réunion et de faire valoir son point de vue. En tout, 26 membres (sur un total de 34) ont assisté à la discussion. La conseillère d’Etat Nathalie Fontanet a fait le déplacement tout en annonçant d’emblée qu’elle ne prendrait pas part au vote concernant son collègue du gouvernement. Au final, la direction du parti a décidé de bannir Pierre Maudet. Le score est soviétique: 22 voix en faveur de l’exclusion sur un total de 24 bulletins. Une personne s’est opposée et une autre s’est abstenue.

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Cumul de facteurs

En une semaine, la situation s’est rapidement dégradée pour le ministre. Convoqué dans un premier temps pour s’expliquer sur la teneur de messages problématiques échangés avec le conseiller municipal Simon Brandt au sujet du financement de sa soirée d’anniversaire de mars 2018, Pierre Maudet a accepté d’affronter la direction du parti.

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Il a ensuite changé de posture une fois la mention d’une exclusion ajoutée à l’ordre du jour. Cette mention (obligatoire pour pouvoir voter sur cette question) faisait suite à l’annonce du Ministère public s’agissant notamment d’un renvoi en jugement pour le volet Abu Dhabi. La conférence de presse tenue dans la foulée par Pierre Maudet, entouré de ses avocats, a achevé d’exacerber les tensions.

Situation exceptionnelle

Après avoir été le premier conseiller d’Etat en exercice à voir son immunité levée, à être mis en prévention et à se retrouver bientôt sur le banc des accusés, il devient aussi le premier PLR à être bouté hors du parti. Cette exclusion peut être prononcée contre un membre qui compromet les buts, contrevient aux valeurs du parti ou en présence d’autres justes motifs. Elle nécessite la majorité des deux tiers des membres présents. Celle-ci est notifiée par écrit et peut faire l’objet d’un recours adressé dans les 30 jours à l’assemblée générale.

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Pierre Maudet, qui a déjà dit qu’il ne démissionnera que s’il est condamné, peut continuer à exercer son mandat en qualité de magistrat indépendant. Déjà cantonné à un minuscule département de Développement économique, privé du soutien de la députation PLR, le ministre se retrouve de plus en plus isolé. Mais c’est souvent dans l’adversité que l’animal politique redouble d’énergie.

Valeurs préservées

A la sortie de la séance, qui aura duré environ une heure trente, le président du parti, Bertrand Reich, a souligné la clarté du vote et donc du message. «Le PLR a pris ses responsabilités. La décision est difficile, lourde de conséquences, mais seule à même de respecter nos valeurs.»