Genève

Le PLR genevois se lance dans la difficile quête d’un rassembleur

La victoire de Pierre Maudet en assemblée générale a acté la fin précipitée de la présidence du parti cantonal. Le futur chef, en année d’élections fédérales, devra s’attacher à reconstruire une unité perdue

Lundi soir prochain, les 28 élus PLR au Grand Conseil genevois se réuniront pour arrêter une position commune sur les objets qui seront débattus dès jeudi au parlement cantonal. Ils devront notamment se prononcer sur une résolution d’Ensemble à gauche demandant la démission de leur conseiller d’Etat, Pierre Maudet.

En temps normal, ce point serait vite réglé. Pas cette fois. Depuis l’assemblée générale extraordinaire de mardi dernier durant laquelle le magistrat a obtenu le soutien de la base de son parti contre la présidence (341 oui, 312 non, 56 abstentions), le PLR est officiellement en crise. Cette fracture traverse sa députation, qui débattra bien pour définir s’il faut s’aligner sur l’extrême gauche. Le grand parti de la droite cantonale en est là.

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«Une voie sans issue»

«Le parti est déstabilisé sur ses bases, confirme Alexandre de Senarclens, président démissionnaire du PLR. Ce qui m’attriste, c’est que celui qui fut notre moteur se satisfait d’être celui par lequel la division arrive. Il n’existe aucun problème idéologique au sein de notre formation. Le seul problème, c’est lui. La voie choisie par Pierre Maudet est sans issue. Se maintenir pour défendre quoi? Mardi, il est tombé dans un discours anti-élite qui est inquiétant. Je n’ai pas d’illusion, mais je souhaiterais que Pierre Maudet retrouve la dignité qui sied à sa fonction.»


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Le président a confirmé mardi ce qu’il avait déclaré avant l’assemblée: son départ anticipé de son poste en cas de vote favorable à Pierre Maudet. L’élection de son successeur devrait avoir lieu en mars, alors que le calendrier fixait jusqu’alors cette échéance en mai. Son profil sera déterminant, en cette année d’élections fédérales, pour réinstaller un début d’unité. Elus nationaux, Christian Lüscher et Hugues Hiltpold étaient accablés, mardi soir, une fois le résultat connu.

«Billard à trois bandes»

Sa victoire, même ténue, autoriserait Pierre Maudet à imposer le candidat qu’il a en tête. Mardi soir, il n’a pas voulu articuler de nom. «On va encore me faire passer pour un horrible calculateur, adepte du billard à trois bandes», nous a-t-il dit. «Je suppose que je fais partie des personnes dont les membres du PLR attendent qu’elles assument leurs déclarations, dit Natacha Buffet-Desfayes, députée suppléante, très active dans la défense de Pierre Maudet. Faire partie de la présidence m’intéresse en effet, mais comme vice-présidente uniquement. La nouvelle équipe devra se consacrer à reconstruire l’unité et je veux y prendre ma part.»

Les statuts du PLR stipulent que le président élu a toute latitude pour composer son équipe. Autre soutien du conseiller d’Etat, Murat Julian Alder fait partie des papables. «Chaque chose en son temps, répond-il. L’appel à candidatures n’a même pas été lancé. Il faut d’abord prendre acte du résultat de mardi par lequel beaucoup de membres ont signifié qu’ils désirent un retour au débat sur les contenus. L’équipe présidentielle devra être capable d’avancer et d’aborder les élections sereinement. Elle ne devra pas nécessairement être composée exclusivement de gens qui ont soutenu Pierre Maudet et devra s’unir d’abord autour de valeurs, d’idées et d’un projet qui défende les vraies priorités pour notre pays, au rang desquelles la démission du conseiller d’Etat ne figure pas, selon moi.»

«Qui est légitime pour aller contre la volonté de nos membres?» lance un PLR influent, pour qui le futur président devra désormais s’en tenir à la position «pas de démission avant la fin du processus judiciaire».

«Aucun problème de remplacement»

Vice-président cantonal, Cyril Aellen considère que la démission du président entraîne de facto la fin de son mandat. Pour le poste de chef du groupe au Grand Conseil qu’il occupe, «c’est une autre histoire», dit-il. A son initiative, la question sera soumise aux députés lors de la fameuse soirée de lundi. «Il ne faut pas sous-estimer les qualités internes du parti, dit-il pour évoquer les prochaines semaines. Je suis extrêmement choqué d’entendre l’argument que nous ne serions pas capables de trouver une présidence de valeur; choqué lorsque l’on dit que la démission de Pierre Maudet entraînerait la perte automatique de ce siège au Conseil d’Etat. Nous n’avons aucun souci de remplacement. Je peux nommer dix personnes PLR qui feraient des conseillers d’Etat plus crédibles que Pierre Maudet aujourd’hui.»

«Si Pierre Maudet choisit un chef de bande, il actera la cassure du parti», prédit Alexandre de Senarclens, pour lequel une autre voie reste possible: le soutien à un candidat rassembleur. «A lui de savoir quelle image il veut laisser», conclut le président.


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