A la suite des élections fédérales et au lendemain de la victoire d'Olivier Français élu au Conseil des Etats dans le canton de Vaud, le PLR se sent en position de force. C’est désormais autour de lui que pourront se constituer des majorités. Au Conseil national, la droite UDC-PLR , avec la Lega et le MCG, disposera à elle seule de 101 mandats sur 200. Pour autant, la vision même de l’Etat sépare la droite conservatrice de la droite libérale, prévient la vice-présidente du PLR Isabelle Moret.

Le Temps: On imagine mal une collaboration sereine entre PLR et UDC au vu de l’état des relations à Genève ou en Argovie...

Isabelle Moret: Il faut s’élever au-dessus des propos aigris de quelques personnes. Après ces élections, le PLR est, au Conseil national, dans une situation extrêmement favorable. Il est en position de décider avec qui il veut constituer une majorité. Par exemple sur des sujets économiques, pour améliorer les conditions-cadres en faveur des entreprises, il n’y a plus qu’un interlocuteur avec qui discuter, c’est l’UDC. A deux, nous constituons une majorité. Certes l’UDC est la plus grande formation. Mais sans le PLR, elle n’a aucune chance d’obtenir une majorité. Le PLR peut donc jouer à lui seul le rôle de pivot et de leader.

- Considérez-vous l’UDC comme un parti libéral?

- Il existe deux droites différentes: celle de l’UDC, libérale en matière économique mais conservatrice sur les sujets de société, très dure, et celle du PLR, libérale sur les questions économiques comme de société. Le PLR reste «l’original libéral». Parce que nous voulons intégrer les femmes au pouvoir économique comme au pouvoir politique, offrir la liberté de choix aux familles ou aux couples, par exemple les couples homosexuels. Les libéraux-radicaux ont aussi conscience de leur rôle pour la cohésion nationale, là où l’UDC joue volontiers de la provocation.

- Entre ces deux droites, il y a tout de même deux visions de l’Etat presque opposées.

- Nous, libéraux-radicaux, pensons que l’Etat est nécessaire, notamment pour garantir la protection des plus faibles. Mais qu’il doit être subsidiaire. Nous voulons un Etat responsable, respecté. Alors que l’UDC dénigre l’Etat et ses représentants, déconsidère le rôle du parlement. Ce parti tient un double discours: d’un côté il demande des responsabilités au sein de l’Etat, de l’autre il critique le rôle des institutions.

- Doit-on craindre que la vague nationaliste en Europe fasse une nouvelle victime, l’idée libérale?

- Non. Il est vrai qu’il y a eu une période où le PLR n’a pas osé s’exprimer sur les thèmes de prédilection de l’UDC, l’asile, les étrangers. Les élections du 18 octobre montrent que nous avons eu raison d’empoigner ces questions qui sont la première préoccupation des Suisses, mais en apportant nos propres réponses. Il faut admettre qu’il y a une crainte des gens face à la perspective d’une Suisse à dix millions d’habitants. Il faut prendre en compte ce besoin de limiter l’immigration. Nous ne devons donc pas craindre de nous exprimer clairement à ce sujet, mais avec notre style et nos valeurs, dans le respect de l’Etat de droit, dans le refus du repli national et le maintien des relations bilatérales avec l’UE.

- Le prochain clash avec l’UDC est programmé, ce sera la mise en œuvre de l’article 121a contre l’immigration de masse.

- Nous voulons une mise en œuvre qui permette de maîtriser l’immigration. Et cela en plusieurs volets. D’abord limiter le plus possible et aux seuls experts véritablement nécessaires l’arrivée de ressortissants hors UE. Dissuader le tourisme social, par les mesures à disposition dans le cadre des actuels accords bilatéraux. Ensuite, accélérer les procédures d’asile. Enfin, mieux utiliser le potentiel national des femmes et des seniors. Je vais d’ailleurs pour ma part tenter de convaincre mon parti de rajouter un volet en faveur des femmes. Cela doit permettre de répondre aux craintes du peuple sur l’immigration, tout en préservant les bilatérales avec l'UE.

- Les termes «contingent», «plafond», «préférence nationale» figurent aussi dans le texte constitutionnel.

- Oui, tout comme la prise en compte des intérêts de l’économie. Mais si nous obtenons de l’UE une clause de sauvegarde ou un mécanisme approchant, cela permettra de conjuguer les deux exigences, limiter l’immigration et préserver la voie bilatérale.

- Y aura-t-il une convergence PLR-UDC sur la révision de la prévoyance vieillesse?

- Le compromis de centre-gauche adopté par le Conseil des Etats discrimine les retraités entre eux. Car les personnes déjà à la retraite ne verraient pas leur rente augmenter, alors que les nouveaux auraient droit à 70 fr. de plus. Il faut balayer ce compromis pour trouver une solution commune à tous. C’est une position que nous partageons avec l’UDC. Par contre, les libéraux-radicaux romands se sont clairement engagés contre le relèvement de la retraite à 67 ans que pourrait proposer l’UDC.

- Et le financement de l’AVS?

- L’UDC s’oppose à une augmentation de 1% de la TVA. Sans ce financement, on n’échappera pas à une augmentation de l’âge de la retraite, non pas à 67 ans, mais à 70 ans. L’UDC ne s’est jamais prononcée clairement sur cette question. Mais il n’y a pas d’autre choix.

- Et pour la compensation de la baisse des rentes du 2e pilier?

- Il est normal que les retraités veuillent conserver le même montant total de leurs deux rentes. Mais nous sommes opposés à un subventionnement croisé qui consisterait à compenser la réduction de la rente du 2e pilier, en raison de la baisse du taux de conversion, par une augmentation de l’AVS. Nous proposons de maintenir les rentes du 2e pilier en élargissant l’assiette de cotisation.

- Autre dossier sur lequel la nouvelle majorité est attendue, l’énergie, avec la Stratégie 2050.

- Contrairement à l’UDC, le PLR a voté l’entrée en matière. Nous soutenons cette stratégie, mais pas à n’importe quel prix. L’énergie doit être à un coût supportable pour les entreprises et les ménages. Nous voulons une stratégie énergétique, ce qui signifie que ce n’est peut-être pas avec l’UDC que l’on nous retrouvera au vote final. Mais si nous voulons sortir du nucléaire, nous refusons de fixer des délais dans la loi. Ce sont les experts en sécurité nucléaire, au vu des garanties de sécurité des installations, qui doivent fixer les délais.

- Est-ce que pour vous les Vert’libéraux ne devraient pas être un courant du PLR?

- Leur place naturelle était au sein du PLR, en tout cas en Suisse romande. Car ce sont des conflits de personnes qui ont abouti à la création du PVL. Pour moi, dans un grand parti, il devrait y avoir la place pour différentes sensibilités, notamment en matière environnementale. Le problème des Vert’libéraux, c’est qu’à force de vouloir se démarquer de nous, ils ont rejoint une ligne de centre gauche.

- Et le PBD?

- Il est trop tôt pour en discuter. Eveline Widmer-Schlumpf vient à peine d’annoncer son retrait du Conseil fédéral. Il faut donc laisser au PBD le temps de digérer ce retrait et son recul aux élections. Néanmoins, je constate que les dirigeants du PBD sont d’anciens membres de l’UDC qui à l’époque votaient souvent avec le PLR. Il y a moins de divergences entre eux et nous qu’avec les autres formations du centre, notamment le PDC. De plus, c’est précisément dans les cantons de Berne et des Grisons, où le PLR est moins fort, que le PBD est bien présent. Mais laissons le temps faire son œuvre.