Ce sera le ticket le moins tranché, le «tricket», jeu de mot du moment. Réuni ce vendredi à Neuchâtel, le groupe parlementaire du PLR a décidé de présenter Isabelle Moret, Ignazio Cassis et Pierre Maudet comme candidats au Conseil fédéral, dans le cadre de la succession de Didier Burkhalter.

L'option d'un ticket à trois, par rapport au scénario à deux, a été votée au terme de délibération plutôt longues, et avec un score serré: 22 voix contre 19, ainsi que trois abstentions, dont celles d'Isabelle Moret et d'Ignazio Cassis – Pierre Maudet ne se prononçait pas, ne siégeant pas à Berne.

«Tout est possible»

Devant la presse ce vendredi en début de soirée, le Zurichois Beat Walti a défendu un choix présenté comme «naturel». Mettant en avant les «qualités» de chacun des postulants, il a indiqué que dans ce cas, elles apparaissent égales. «Il n'y avait aucun argument absolu pour écarter une candidature», a-t-il précisé. C'est désormais aux groupes d'étudier les candidatures, ajoute-t-il.

La présidente du parti Petra Gössi, qui penchait plutôt pour un ticket à deux, dit son «énorme fierté de pouvoir présenter ces trois candidats». Les trois désignés ont insisté, chacun dans sa langue, sur le «plaisir» de leur nomination: «Tout est possible», a lancé Pierre Maudet.

Ce sont donc les trois candidats officiels, présentés par leur formations cantonales respectives, qui seront proposés à l'Assemblée fédérale. L'élection a lieu le 20 septembre.

Ils ont été entendus dans l'ordre alphabétique

Isabelle Moret a été la dernière candidate à être passée sur le gril libéral-radical, arborant un grand sourire. Elle n'a guère été nerveuse lors de l'entretien, a-t-elle répondu, un peu crispée, aux nombreux journalistes qui se pressaient autour d'elle. Et d'ajouter qu'elle était ravie de pouvoir présenter sa vision de la Suisse, pays moderne et innovant tout en cultivant ses valeurs.

Pierre Maudet a été le deuxième candidat auditionné. Il a eu le sentiment que le courant était passé. Le conseiller d'Etat a affronté quelques questions difficiles, mais «ça stimule», a-t-il indiqué. Le Genevois a été interrogé en allemand, en français mais aussi en italien et en anglais. Il s'agissait de son premier contact avec certains élus fédéraux libéraux-radicaux. Selon lui, un bon politicien est celui qui écoute. Pierre Maudet s'est par ailleurs félicité de l'intérêt du groupe pour les questions économiques.

Au début de l'après-midi, Ignazio Cassis a été le premier à passer. Le conseiller national tessinois est apparu quelque peu tendu mais satisfait de sa prestation, estimant lui aussi qu'il y avait eu beaucoup de questions. Il a ajouté qu'il s'était senti comme lors d'un examen. Et «on est émotionnellement plus tendu quand on est dans un lieu inconnu».

En fin de campagne, l'irruption de la question de la double nationalité

La campagne des trois candidats présentés par leurs partis cantonaux a surtout tourné autour de la représentation du Tessin au Conseil fédéral, canton absent depuis 18 ans; ou de la nécessité d'une candidature féminine, alors que les futures successions des conseillères fédérales, à commencer par Doris Leuthard, ne sont pas assurées pour les femmes; ou encore, du jeune âge et ses mérites supposés, dans le cas de Pierre Maudet.

Dans la dernière ligne droite avant le choix du groupe parlementaire, la campagne des deux candidats masculins a pris un tour surprenant, avec la décision d'Ignazio Cassis de renoncer à son passeport italien. Pierre Maudet s'est à son tour dit «prêt» à rendre son titre français. Ces gages à l'égard du camp UDC des Chambres ont choqué même au sein du PLR.

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Une saga estivale

Le 14 juin dernier, à la surprise générale, le Neuchâtelois Didier Burkhalter, au Conseil fédéral depuis 2009, a annoncé son retrait. L'enjeu de sa succession est devenu le feuilleton de l’été. De fait, le trio désigné par les partis cantonaux, avant la réunion du groupe parlementaire ce vendredi, a été évoqué dès le début. Mais les trajectoires ont néanmoins été sinueuses pendant ces semaines de coups de chaleur politique.

■ Ignazio Cassis, on devrait dire le sud

D’entrée de jeu, sur le flanc sud, la postulation d’Ignazio Cassis a été signalée. La gauche l'a vite attaqué en raison de ses accointances avec les assurances maladie, mais cette critique n'a pas réduit le potentiel du conseiller national. Au Tessin, certains auraient voulu l’adjoindre de l’ancienne conseillère d’Etat Laura Sadis, pour un double ticket du canton italophone. Rien n’y a fait, le 1er août, poids du symbole, l’ancien médecin a été adoubé par son parti dans l’allégresse et le grésillement des Bratwurst.

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■ Pierre Maudet, la stratégie du prodige façon curling

A Genève, le nom de Pierre Maudet a été lancé à peine Didier Burkhalter avait-il débranché le micro de sa conférence de presse du 14 juin. Le jeune prodige – selon ses partisans prompts à balayer la voie devant lui – a manœuvré avec la minutie d’un joueur de curling. Il a laissé monter le ramdam, puis a organisé sa sortie jusqu’à organiser discrètement une séance de pose pour Keystone deux jours avant son annonce publique. Depuis, profitant de ses congés de conseiller d’État, il a fait sa tournée électorale, des chevaux du marché-concours de Saignelégier aux arrière-salles alémaniques.

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■ Isabelle Moret, la femme au-dessus d'une mêlée vaudoise

A Lausanne, le scénario s’est déroulé avec ce talent de l'humble cacophonie dont les Vaudois ont parfois le secret. Le nom d’Isabelle Moret s’est d’emblée imposé: parlementaire fédérale qui a trimé pour se faire respecter, députée en pointe dans la bataille sur les retraites, et… femme, donc. Mais le 22 juillet, dans la canicule, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro se dit candidate à la candidature. Le jour-même, le conseiller aux Etats Olivier Français renchérit. Après des semaines de siège médiatique, Isabelle Moret se déclare le 5 août, là aussi dans une mise en scène bien préparée, par une séquence enregistrée avec Darius Rochebin devant le Learning Center de l’EPFL.

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