Une «unité de façade»: samedi à Berne, le Parti libéral-radical (PLR) n’a fait qu’afficher ses divisions internes sur l’avenir de la place financière suisse. A peine fusionnés, les «ex-radicaux» et «ex-libéraux» se déchirent, sans compter le Röstigraben qui s’est creusé lors de leur assemblée.

Le PLR planchait donc sur la stratégie à adopter pour l’avenir de la place financière suisse. Mais si «personne ne veut avoir perdu la face», résume 20 Minuten, «ça bout sous le couvercle». «Les débats ont opposé les défenseurs de la place financière à ceux de l’industrie d’exportation qui ne veulent pas payer les pots cassés de la crise fiscale. Ils ont été houleux», selon Le Nouvelliste. Au final, «le PLR continue à défendre le secret bancaire et à rejeter l’échange automatique d’informations entre les banques et le fisc. Il s’oppose toujours à la suppression de la distinction entre fraude et évasion fiscale mais il préconise une délimitation en fonction de la gravité matérielle du délit fiscal.» Donc «pas de révolution et une unité de façade pour un parti qui vise 20% des voix aux élections fédérales de l’an prochain». Le président l’a «exhorté à serrer les rangs», précise le Corriere del Ticino.

Las, «il y a comme une fâcherie dans l’air», commente 24 Heures. Débordé à droite par son aile libérale, le PLR voulait pourtant «s’offrir une grande réconciliation publique». Interrogé par le quotidien vaudois, le Genevois Christian Lüscher constate qu’«on veut se donner bonne conscience» avec le principe de l’auto-déclaration: «On veut montrer à l’étranger que l’on fait ce que l’on attend de nous. Mais ce n’est pas sérieux. Aucun pays ne fait cela.»

«La tentative de Fulvio Pelli […] d’aplanir les différences internes […] aura échoué», renchérit L’Agefi. «La politique de «l’argent propre», moins d’un an après avoir entériné une première stratégie pour la place financière, semble plutôt avoir créé de nouvelles divisions «irrémédiables», selon les termes de Michel Halpérin, président du Parti libéral genevois.» Et de conclure que ce conflit «entame encore un peu plus la crédibilité de ce parti malmené» qui a besoin d’«assouvir un besoin quasi psychotique de se distancier de certains sponsors (dont Peter Wuffli, ancien président exécutif d’UBS)». Et de «valoriser davantage sa popularité hypothétique dans la presse de boulevard que ses principes». Sur le fond, le quotidien financier parle de «caricature»: «Le parti semble avoir oublié que l’évasion fiscale est une conséquence directe d’impôts excessifs.» Serrer les rangs, dit le président? Pour cela, il faudrait «réaffirmer haut et fort les valeurs humanistes fondatrices du pays: la liberté et la primauté du citoyen face à des Etats de plus en plus hégémoniques». C’est dit.

Charly Schwarz, dans son blog «L’esprit de Genève», décrète même que «le PLR est mort un 24 avril…» Son analyse est pour le moins… radicale: «Sous les coups de boutoirs donnés par Michel Halpérin et Christian Lüscher […], puis relayés par Catherine Labouchère (présidente des libéraux vaudois), le mariage de la carpe et du lapin n’aura duré qu’un temps. Au sortir de cette assemblée, les blessures auront de la peine à cicatriser. Les mots prononcés ont été durs, très durs. Michel Halpérin a prononcé le mot «inacceptable», et il remet en cause «l’identification de sa formation au sein du PLR». Le PLR est mort. Vive le PR! Inutile de le garder sous assistance respiratoire quelques greffons à transplanter sur des ambitions personnelles.»

Pour cette fois, «Pelli s’en est tiré avec un œil au beurre noir», relativise, pour sa part, la Neue Zürcher Zeitung. «Il a pris beaucoup de risques, il doit continuer à parler courageusement et clairement.» Mais le quotidien radical avertit «son» président: «Il faut aplanir les différences entre Romands et Alémaniques, et stopper ceux qui se la jouent en solo. Autrement, Pelli en perdra son latin.»