Portrait

«Le PLR ne pose plus les questions de fond»

Brenda Mäder faisait partie de la relève du Parti libéral-radical. Elle a décidé de fonder un nouveau parti, plus «conséquent», plus courageux

Brenda Mäder nous convie d’abord à l’aéroport, puis à la gare de Zurich. Nous attrapons au vol la jeune blonde de 28 ans dans un café pour voyageurs entre deux déplacements. En France, en Allemagne ou en Autriche, la femme d’affaires en blaser et jeans est toujours en mouvement.

«C’est une fille qui n’aime pas s’endormir», sourit Ignazio Cassis, conseiller national PLR. La Thurgovienne est connue du Parti libéral-radical; elle en était même un des espoirs, une figure de la relève. Présidente des Jeunes libéraux-radicaux de 2010 à 2012, elle a été choisie par le PLR pour suivre le programme de mentorat qui l’a préparée à une «carrière active dans le parti». Elle siégeait d’ailleurs au comité central du PLR, en tant que membre des «jeunes» et s’est présentée aux élections au Conseil national en 2011.

Mais Brenda Mäder vient de tourner le dos à la troisième force politique du pays. En juin, elle a créé son propre parti aux côtés de deux amis, Silvan Amberg, avec qui elle a étudié à l’Université de Saint-Gall, et Simon Scherrer, président des Jeunes libéraux de la ville de Saint-Gall (qui «finit ses dossiers» avant de lâcher cette fonction). Ensemble, ils ont lancé «Up!», le Parti de l’indépendance (Unabhängigkeitspartei).

«A près de 30 ans, c’était le moment de quitter les Jeunes libéraux-radicaux et je ne me voyais pas rejoindre le PLR. Ses prises de position sont différentes du parti des jeunes. Il ne va pas assez loin, il n’est pas assez conséquent. Prenez l’exemple de la réforme de l’AVS et du deuxième pilier, il n’ose pas poser les questions de fond et remettre en doute certains dogmes», regrette la diplômée de la haute école alémanique, à l’élocution vive et rapide.

Les questions de fond? «Notre société ne fait plus confiance aux individus. Il faudrait réformer totalement le système de prévoyance et abroger l’AVS. Que les gens soient 100% libres de choisir leur retraite et 100% responsables de l’argent qu’ils mettent de côté pour la fin de leurs jours. Ils pourraient ainsi choisir leur caisse de retraite», lance-t-elle sans détourner son regard bleu ciel.

Up! se veut le parti le plus libéral de suisse – «minarchiste», précise Brenda Mäder – réduisant l’Etat à son strict minimum. Qu’il s’agisse d’armée (Up! milite pour l’abrogation du service obligatoire), d’école (chaque parent devrait pouvoir choisir l’établissement de ses enfants) ou d’orientation sexuelle, l’individu doit être libre, selon la nouvelle formation, qui publie régulièrement ses prises de position sur sa page Facebook, suivie par 640 sympathisants.

L’un de ses premiers chevaux de bataille: la suppression de la redevance radiotélévision. Le nouveau-né collabore avec les partis «jeunes» de Suisse pour récolter des signatures en faveur de l’initiative «No Billag». «C’est scandaleux d’imposer une taxe – élevée, de plus – à des personnes qui ne consomment pas forcément des émissions des chaînes publiques. Les contributions devraient se faire sur une base volontaire», tranche la politicienne.

Le parti a attiré l’attention de toute la presse alémanique, y compris de la Weltwoche , proche de l’UDC. Il est contre un rapprochement avec l’Union européenne. Mais Brenda Mäder nuance: «Nous sommes pour les bilatérales si elles sont nécessaires. En matière d’immigration, ce ne sont pas les bilatérales qui posent problème, mais l’Etat social. C’est lui qui rend la Suisse trop attrayante et qui doit être réduit.»

Brenda Mäder est énergique et déterminée. Une femme «brillante et sensible», mais parfois «tête de mule», décrit avec affection son ex-petit ami, Philippe Nantermod, député PLR au Grand Conseil valaisan.

«Je pense qu’elle commet une erreur», regrette-t-il en évoquant son départ du grand parti. «Elle n’a pas su convaincre les PLR de la voie libérale, je doute qu’il sera plus facile de convaincre les autres…»

Pour l’instant, une centaine de personnes – d’anciens politiciens du PLR et de l’UDC, des entrepreneurs et des individus «apolitiques» – ont rejoint le nouveau mouvement Up! «La majorité d’entre eux ont entre 30 et 60 ans», précise la coprésidente.

Malgré sa déception, son ancien mentor au parlement, Ignazio Cassis, ne cache pas son admiration: «Brenda Mäder est une fille très intelligente et talentueuse. Le genre de relève dont on a besoin. Il faut avoir beaucoup de courage pour quitter la barque et fonder un nouveau parti. Elle n’en manque pas.» Et on n’en doute pas en écoutant la politicienne qui consacre son temps libre à gravir des sommets tels que le piz Bernina, 4048 mètres.

Mais quelle chance de succès aura Up! dans un paysage politique suisse aussi fragmenté? «Cette fragmentation est positive. C’est mieux qu’une polarisation à la française», lâche-t-elle.

Brenda Mäder travaille depuis trois ans comme consultante dans une société française de conseils, partageant son temps entre Zurich et Paris. Elle n’a pas de mots assez durs pour critiquer le système politique de l’Hexagone, son centralisme, son imposition démesurée, etc. Mais elle revient sur son nouveau projet: Up! veut fait réfléchir, «déranger», et obtenir un statut de parti d’opposition, explique-t-elle. «Nous ne visons que les parlements. Nous ne voulons pas entrer dans un exécutif! Le pouvoir corrompt: quand on l’obtient, on ne pose plus les bonnes questions, de peur de le perdre.»

Up! caresse l’espoir de proposer une liste pour les élections fédérales de 2015. «Mais nous devons d’abord former les sections cantonales cet automne», précise-t-elle, tout en admettant que les délais sont «un peu courts». Le parti veut se concentrer en premier lieu sur Zurich, la Thurgovie et Saint-Gall, les lieux d’origine de ses trois fondateurs. «Nous réfléchirons à une extension en Suisse romande ensuite», glisse-t-elle, confiante.

Philipp Müller, président du PLR, regrette cette scission, même s’il ne la juge guère dangereuse. Le bassin de recrutement au sein des Jeunes libéraux-radicaux et ses 3000 membres ne se tarit pas, assure-t-il. Il reconnaît pourtant un certain décalage entre le PLR et les jeunes. «Ces derniers suivent un libéralisme «puriste», ils nous donnent des impulsions, nous critiquent; ce qui est positif. Mais dans la politique pratique, il faut trouver des solutions pragmatiques. On ne peut pas appliquer un libéralisme théorique. Nous en discutons d’ailleurs régulièrement avec eux», précise le responsable.

«Le PLR n’ose pas poser les questionsde fond et remettreen doute certains dogmes»

Publicité