Le PLR du canton du Jura a perdu la moitié de son électorat en vingt-cinq ans. Il pesait 29% en 1986 et comptait 16 députés au parlement (sur 60). En 2010, il a dû se contenter de 14,5% et de 8 députés, en en perdant trois en une seule élection. Il a touché le fond aux fédérales de 2011, avec 9,5%. Mais le PLR reste un parti gouvernemental, avec Michel Probst, en poste depuis 2006.

Il est le premier parti à lancer la campagne en vue du double scrutin des élections fédérales et cantonales du 18 octobre 2015, simultanées dans le Jura. Le président, Yann Rufer, lance un appel aux candidatures, signe que Michel Probst ne fait pas l’unanimité chez les siens.

Le Temps: Pourquoi lancer la campagne un an avant l’élection? Est-ce parce qu’il faudra du temps pour reconquérir votre électorat?

Yann Rufer: Nous voulons lancer dans la course des candidats de qualité et nous donner le temps de les désigner. Nous avons constaté, par le passé, que nos candidats avaient pu être pris de court. Ils auront cette fois le temps de se profiler.

– Après les débâcles électorales de 2010 et 2011, le PLRJ a mené une introspection. Que va-t-il changer?

– Nous aurons une visibilité plus claire et mieux perceptible de la population. En nous appuyant mieux sur nos fils rouges, comme la responsabilité et la liberté individuelles, le soutien aux entreprises et une action responsable à la tête des institutions. Ainsi, nous avons tenu notre rang au sein de la table ronde qui a débouché sur le programme d’économies cantonales Optima. Nous aurions souhaité un paquet à 47 millions, nous estimons que celui à 35 millions retenu est acceptable.

– Pourquoi le PLR a-t-il autant de peine dans le Jura? Est-ce principalement dû à la faiblesse de son personnel politique?

– Nous avons eu de la peine à nous profiler entre un PDC qui partage des valeurs communes et une UDC qui cherche sa place. Nous avons souffert d’un certain suivisme. Et c’est vrai que nous avons manqué de têtes de pont. Le PLR a été victime d’un trou générationnel: il y a quelques années, il n’y avait pas de place pour les jeunes. La relève pointe son nez.

– Estimez-vous que la personnalité effacée de votre ministre, Michel Probst, nuit au parti? Le renouveau souhaité pourra-t-il se faire avec lui?

– La base du PLR le décidera en mars 2015. D’ici au 30 janvier, les candidatures à la candidature au gouvernement devront être déposées. Toutes les formules seront étudiées: réinvestir une troisième fois Michel Probst, proposer un autre candidat ou une liste à plusieurs candidats. Nous voulons ouvrir le jeu et éviter ce qui s’est passé ces dernières années, lorsque tout était verrouillé.

– Avec moins de 15%, le PLR a-t-il toujours sa place au gouvernement?

– Nous devons avoir la lucidité de nous poser aussi cette question-là. Si nous ne devions plus être le troisième parti jurassien, la question de notre présence au gouvernement serait légitimement posée. Mais le PLR a l’ambition de rester gouvernemental, avec une base parlementaire renforcée. Je crois possible de récupérer les trois sièges perdus en 2010.

– Serez-vous alliés ou adversaires du PDC et de l’UDC?

– L’enjeu des élections de 2015 sera également de conserver des majorités de centre droit dans les institutions jurassiennes. Comme nous l’avons fait à la table ronde Optima, nous devons davantage trouver les points de convergence avec le PDC et l’UDC plutôt que de nous faire la guerre. Sur la plupart des dossiers, l’UDC jurassienne, plus proche du PBD que de l’aile blochérienne, est fréquentable.

– Pour se démarquer, le PLR a milité contre l’éligibilité des étrangers en septembre dernier. Il a encore perdu… Etait-ce un mauvais cheval de bataille?

– Dans cet objet, le PLRJ a fait trois fois sa force électorale. Notre position a été soutenue par 46% des électeurs, qui ont entendu et compris nos valeurs, quand nous disions que, pour siéger dans les exécutifs communaux, il fallait avoir obtenu la naturalisation. Nous avons réalisé une bonne opération dans ce dossier-là.