Humilié après l’échec, à quelques milliers de signatures près, de son initiative contre la bureaucratie, le Parti libéral-radical veut mettre le paquet en faveur de l’initiative qui veut inscrire le secret bancaire dans la Constitution. Y compris en payant pour la récolte de signatures. Aux yeux de son président Philipp Müller, l’occasion est idéale de replacer le PLR dans le rôle de principal défenseur de la sphère privée et de la société libérale. Quitte à faire de l’ombre au principal initiateur de ce texte, le banquier et politicien UDC Thomas Matter.

Lors de la première présentation de l’initiative «pour la protection de la sphère privée», c’est l’UDC zurichoise qui apparaissait nettement en première ligne, même si l’appareil du parti au niveau national n’avait pas encore formellement pris position. Depuis, le PLR, qui a engagé dans le comité de soutien ses plus grosses pointures, la présidente du groupe Gabi Huber, l’ancien président Fulvio Pelli et le vice-président Christian Lüscher, ne cache pas son ambition de tirer profit de l’opération.

Le PLR a bien senti que, excédée par les pressions américaines et européennes pour mettre fin au secret bancaire et accepter l’échange automatique d’informations, une bonne partie de l’opinion serait prête à un acte de résistance. Même si, en l’occurrence, la protection de la sphère privée financière ne concernerait que les personnes résidant en Suisse.

Dans une lettre à un membre de son parti et dont le Blick a publié des extraits au début du mois, Philipp Müller espérait que «si nous parvenons à récolter un nombre massif de signatures, certes, Thomas Matter restera celui qui a eu l’idée le premier, mais nous serons bien présents sur ce thème». Comme le rappelle la porte-parole du PLR Pia Guggenbühl, «la protection de la sphère privée est une notion centrale dans une société libérale. Les informations sont liées au pouvoir. Cela ne concerne pas que le secteur économique, mais de plus en plus la surveillance de la part de l’Etat sur les individus

Malaise

D’où l’idée de proposer un montant de 2 francs par signature dès 50 signatures récoltées. Un système incitatif qui doit «permettre aux sections locales de renforcer leurs finances». Le défraiement lors d’une campagne de récolte de signatures n’est pas nouveau, «tous les partis l’utilisent», justifie Pia Guggenbühl face à l’objection d’un risque de dévoiement de la démocratie directe.

En 1993, le patron de Denner, Karl Schweri, avait scandalisé l’opinion en faisant récolter 30 000 signatures en faveur de l’initiative des petits paysans, à coups de 1 à 2 francs par paraphe. Depuis, tous les partis, vert’libéraux ou PS compris, s’y sont mis plus ou moins de bon gré. Mais que le parti inventeur de la démocratie directe soit lui aussi contraint à cette pratique crée un malaise en son sein.

L’assemblée des délégués du PLR devrait, en septembre, confirmer le soutien à l’initiative déjà largement engagé par la direction du parti. Les présidents des partis cantonaux s’y sont déjà ralliés. Mais quelques voix non négligeables, comme l’ancien président de la Conférence des directeurs cantonaux des finances, le Soleurois Christian Wanner, ou le professeur de droit et ancien conseiller aux Etats René Rhinow ont déjà fait entendre leur profonde divergence.

Depuis longtemps, le ministre soleurois des Finances exprime son refus d’un texte inutile qui, selon lui, n’est destiné qu’à protéger les fraudeurs du fisc et n’a rien à faire dans la Constitution. Une chose est certaine, vient-il de déclarer, il ne servira pas d’orateur alibi à l’assemblée des délégués alors que la décision du PLR est de fait acquise.