Il commence par relativiser le silence initial du parti: «Nous voulions simplement faire le point avec Pierre Maudet, éviter de réagir dans l’urgence.» Aujourd’hui, la stratégie semble bien rodée et le «parti est en ordre de bataille». Pour Alexandre de Senarclens, la priorité est désormais la levée de l’immunité: «La justice doit pouvoir avancer, Pierre Maudet être entendu et faire valoir son innocence.»
«Cirque politique»
A ce propos, le président déplore le «tribunal médiatique» en place actuellement. «On ne juge pas quelqu’un dans les médias, il est essentiel que les institutions soient respectées, que chacun reste à sa place dans sa fonction.» Peut-on parler d’acharnement? Alexandre de Senarclens ne va pas jusque-là. «Face à une affaire hautement politique, chacun essaie de se positionner, estime-t-il. Ce cirque politique est finalement assez attendu, cela fait partie du jeu.»
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Au cours de son ascension politique, Pierre Maudet a toujours fait preuve d’intransigeance face aux dérapages de toutes sortes. Pour une partie de la classe politique genevoise, la procédure pénale occasionnera un dégât d’image durable pour le parti, quelle qu’en soit l’issue. Tout comme Alexandre de Senarclens, Christian Lüscher reste optimiste. «Pierre Maudet dispose d’une personnalité très forte qui va au-delà de son appartenance au PLR, estime le conseiller national et vice-président du PLR suisse. L’infraction qui lui est reprochée touche son comportement personnel, pas ses orientations politiques.»
«L’essentiel est sauf»
L’affaire genevoise fait toutefois écho jusqu’à Berne. A l’été 2017, Pierre Maudet était candidat au Conseil fédéral, a-t-il caché des faits à la commission chargée de l’auditionner? «Il n’avait pas connaissance, à ce moment-là, de la procédure pénale ouverte contre lui, il ne l’a appris qu’en novembre 2017, affirme Christian Lüscher, qui dit disposer de preuves écrites et incontestables. Vu de Berne, l’essentiel est sauf pour le PLR.»
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Au détour des conversations, un douloureux précédent revient de manière lancinante. En 2012, le conseiller d’Etat Mark Muller avait dû démissionner après avoir été impliqué dans une bagarre nocturne le soir du Nouvel An. Une issue similaire est-elle à craindre pour Pierre Maudet? «Impossible de comparer deux affaires aussi différentes, estime Alexandre de Senarclens. D’autant que celle de Pierre Maudet n’est pas encore écrite.» Tout dépendra selon lui de l’attitude du Conseil d’Etat: «Les magistrats vont-ils démontrer qu’ils sont capables de travailler comme une équipe?»
Reste une question à laquelle Alexandre de Senarclens se dit incapable de répondre à ce stade «sans connaître l’intégralité du dossier»: Pierre Maudet gardera-t-il la confiance du parti? A cette même interrogation, un élu PLR confie son désarroi: «Je n’ai aucune raison de croire la version d’Olivier Jornot plus que celle de Pierre Maudet. Je suis perplexe.»