Réuni samedi à Fribourg, le Parti libéral-radical suisse dit timidement oui à la Stratégie énergétique 2050, et cela par 175 voix contre 163 avec 6 abstentions. Ce résultat reflète les divisions qui minent le parti sur ce sujet depuis qu'il a été lancé par Doris Leuthard. Aux Chambres fédérales, le PLR avait commencé par rejeter le projet présenté par la conseillère fédérale, avant de l'adopter au vote final à une majorité de deux tiers. Les présidents des sections cantonales ont aussi recommandé le oui sur un résultat très serré de 14 voix contre 13. Le PLR ne renforcera donc pas le comité référendaire, dans lequel on trouver déjà l'UDC, les Jeunes libéraux-radicaux, Swissmem, Gastrosuisse et la Société suisse des entrepreneurs.

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Rarement le PLR aura été autant divisé sur un sujet majeur de la politique fédérale. Cela s'explique par le fait que le remplacement du nucléaire décidé après la catastrophe de Fukushima en 2011 passe par une palette de subventions qui sont contraires aux idéaux libéraux du parti, relève la conseillère nationale zurichoise Doris Fiala, opposée à la SE 2050. «Nous sommes les libéraux originaux, pas une copie», renchérit son collège Hans Peter Portmann.

C'est précisément pour cela que le PLR est si divisé. Aux yeux de ceux qui défendent un libéralisme sans concession, la réponse aux défis énergétiques doit passer par l'ouverture complète du marché à la concurrence plutôt que par des soutiens financiers qui rappellent à Doris Fiala «la politique agricole». Se rangent dans ce camp Philippe Nantermod (VS), Christian Wasserfallen (BE) et Benoît Genecand (GE), dont les positions opposées à la libre circulation des personnes, déjà connues mais mises en lumière cette semaine par une interview, ne font que renforcer l'image d'«anar de droite».

Petra Gössi reste à l'écart

Le paquet SE 2050 a pour objectif de promouvoir les énergies renouvelables et l'hydraulique grâce un mécanisme de subventions limitées dans le temps. Ce principe est jugé contraire aux lois du marché auxquelles les libéraux sont attachés, insiste Doris Fiala. «Il faut sortir des subventions tout de suite. Chaque franc de subvention est un clou dans le cercueil de nos barrages», s'enflamme Philippe Nantermod, qui plaide pour un marché ouvert.

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Dans l'autre camp se trouvent Ruedi Noser (ZH), Jacques Bourgeois (FR), Rolin Wavre (GE) ainsi que les conseillers d'Etat Jacqueline de Quattro (VD) et Laurent Favre (NE), qui ont fait le déplacement de Fribourg pour plaider la cause de la SE 2050. Ruedi Noser rappelle que, au parlement, le PLR avait fini par accepter la réforme énergétique parce que les subventions ont été limitées à six ans. Jacques Bourgeois ajoute qu'il faut bien une solution pour remplacer l'énergie nucléaire, qui arrivera forcément en fin de vie. Il souligne que la SE 2050 permettra de favoriser l'innovation, qui est une autre priorité du PLR. Jacqueline de Quattro juge elle aussi que le parti doit se montrer visionnaire.

Le vote serré mais positif permettra aux membres du parti de s'engager dans la campagne du 21 mai. La présidente du PLR, Petra Gössi, restera en revanche en retrait. Elle a voté contre la SE 2050 au parlement et ne reniera pas ses convictions.