■ Vendredi 24 avril: Le PLR et la stratégie «anti-Cuche»

L’annonce s’affiche en Une de «L’Express» et «L’Impartial» en prévision du second tour de l’élection au Conseil d’Etat de ce dimanche. Sous le slogan «Confirmez votre choix», le Parti libéral-radical (PLR) invite les Neuchâtelois à voter pour ses trois candidats, mais aussi pour les socialistes Jean Studer et Gisèle Ory, arrivés en tête le 5 avril.

La démarche est inédite, la stratégie qu’elle sous-tend l’est beaucoup moins: elle vise à renforcer le réflexe «anti-Fernand Cuche» exprimé au 1er tour pour faire basculer la majorité gouvernementale à droite. Car tout le monde l’a compris: le PLR ne peut pas gagner seul face à la gauche unie. Son seul espoir: que la sanction personnelle infligée au ministre écologiste le 5 avril soit confirmée, en particulier au sein de l’électorat socialiste.

Fernand Cuche, lui, n’a qu’une ambition: parvenir à s’accrocher au TGV Studer-Ory. S’il y parvient, il devrait s’en sortir. Les candidats PLR Frédéric Hainard, Claude Nicati et Philippe Gnaegi devraient alors se contenter de se disputer les deux sièges restants.

■ Vendredi 3 avril: Et si l’UDC créait la surprise?

J-2. Ces derniers jours, diseurs de bonne aventure et voyants extralucides ont multiplié les pronostics concernant l’élection au Conseil d’Etat de ce dimanche. Dans les coulisses du Grand Conseil, mardi et mercredi, les députés maniaient les différents scénarios avec un mélange de craintes et d’espoirs. Tous se rejoignaient sur un point: Gisèle Ory, Jean Studer et Fernand Cuche devraient être élus, permettant à la gauche de conserver sa majorité.

Les avis étaient beaucoup plus partagés concernant les deux sièges actuellement détenus par le Parti libéral-radical (PLR). L’hypothèse d’une élection de l’UDC Pierre-Alain Storrer récoltait plusieurs suffrages. Pour émerger, l’ancien radical pourrait profiter d’ajouts et des (nombreux) coups de crayons attendus sur la liste libérale-radicale. Curieusement, ce scénario était principalement énoncé par des représentants du PLR. Au point qu’on finisse par y voir une stratégie délibérée: susciter la peur permet en effet parfois de remobiliser son électorat.

Sur le fond, l’hypothèse ne convainc guère. Pour réussir son pari, Pierre-Alain Storrer doit impérativement parvenir à provoquer un second tour. Pas sûr qu’il en ait le loisir: avec le système majoritaire, l’UDC part avec un handicap important. Si elle y arrive tout de même, elle devra ferrailler contre un candidat PLR. Pour une droite déjà fragilisée, ce serait sans conteste le scénario du pire.

■ Mardi 31 mars: Le PLR coupeur de tête

On croyait avoir tout vu dans la lutte d’influence qui oppose les candidats libéraux-radicaux au Conseil d’Etat. Et bien non: à l’approche le scrutin du 5 avril, la nervosité des uns et des autres prend des proportions inédites. Les responsables de la campagne du PLR ont sommé mi-mars Philippe Gnaegi et Frédéric Hainard de mettre fin à leur collaboration avec Benoît Couchepin, ancien journaliste devenu conseiller en communication. Motif: ils jugent «extrêmement malvenu» que le président et le vice-président du parti collaborent avec un homme qui «casse du sucre» sur le dos du ministre sortant Roland Debély, candidat à sa propre succession.

L’épisode éclaire le poids démesuré des campagnes personnelles au sein du PLR. Malgré le slogan «Ensemble changeons», chaque candidat mène sa barque comme bon lui semble ou presque. Une liberté délicate. Une année à peine après la fondation du PLR, elle montre à ceux qui souhaiteraient l’oublier que les clivages entre anciens libéraux (Gnaegi, Hainard) et radicaux (Debély) restent vivaces.

Vendredi 27 mars: Des débats d’une rare indigence

Neuchâtel accueille aujourd’hui le 2e Championnat romand de débat qui réunit 84 élèves du secondaire 1 et 2. Plusieurs de ces jeunes ont du talent à revendre. Ils pourraient même postuler au Conseil d’Etat, si on se réfère au niveau affligeant des débats organisés depuis le début de la campagne. Que ce soit sur la RSR, la TSR, la télévision locale Canal Alpha, les contresens et les erreurs formelles ont largement pris le pas sur les fulgurances intellectuelles. Cette situation s’explique avant tout par le nombre record de 30 candidats. Une vingtaine d’entre eux n’a rien à faire là.

Car débattre, cela ne s’improvise pas. Il faut être préparé, connaître ses dossiers et utiliser un langage qui permette, au minimum, d’être compris. Parmi (tant) d’autres, une candidate socialiste a marqué les esprits par sa faculté à cumuler les zéros pointés. Au point de susciter la remarque acerbe d’un camarade de parti après son intervention à la RSR. «Heureusement, avec le décrochage, les débats sont diffusés uniquement dans le canton. On évite au moins d’être la risée de la Suisse romande.»

Mardi 24 mars: Le réveil de Fernand Cuche

Depuis le début de la campagne électorale, Fernand Cuche est la cible d’attaques répétées. Les partis bourgeois considèrent que son bilan au Conseil d’Etat est catastrophique. Ils le résument souvent ironiquement à son combat pour la préservation du Grand tétras. Ce feu nourri ne doit rien au hasard: seule la non-réélection du ministre écologiste permettrait à la droite de reprendre la majorité gouvernementale le 5 avril.

L’UDC, le PLR et le PDC s’attendaient à le manger le volatile tout cru: ils ont dû déchanter. Dans son costume de candidat, Fernand Cuche a retrouvé un mordant qu’on ne lui connaissait plus. Il en a fait la démonstration lundi soir lors du débat électoral de la TSR. Sûr de son fait, il s’est montré offensif, relativisant les critiques portant sur «le retard» du canton en matière d’infrastructures de transport. Il a même marqué un point en évoquant l’intérêt tout neuf des CFF pour le Transrun, future liaison ferroviaire entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds.

Décidément en verve, l’ancien syndicaliste paysan a eu la chance de conclure le débat. «La majorité de gauche sera maintenue, c’est une évidence. Le bilan est tellement bon.» Personne, à droite, n’a eu le temps de le contredire.

Vendredi 20 mars: Candidats alibis privés de direct sur la TSR

Pour un politicien, un débat à la TSR ne se refuse pas. C’est la vitrine idéale pour exister comme individu et non plus seulement comme le représentant d’une liste partisane. Pour la grande soirée électorale du 23 mars, les frustrations sont nombreuses. Avec un record de 30 candidats au Conseil d’Etat, les responsables de la chaîne ont demandé aux partis de sélectionner trois noms au maximum. Hormis les Verts, toutes les formations qui ont une chance de siéger au gouvernement présentent des listes à cinq. Elles ont été contraintes de trancher dans le vif.

Le PLR a opté pour un tirage au sort, seul moyen de ne pas envenimer les relations déjà tendues entre ses candidats. Le ministre sortant Roland Debély – préservé en tant que tête de série – sera accompagné par Claude Nicati et Philippe Gnaegi. L’UDC a privilégié ses «meilleures chances» d’élection avec le duo Pierre-Alain Storrer/Raymond Clottu. Dans un premier temps, le PS a fait de même en sélectionnant Jean Studer et Gisèle Ory. Face au mécontentement qui grondait, il a fini par rajouter Bertrand Nussbaumer.

L’épisode n’est pas anecdotique. Il éclaire la stratégie que les deux partis ont niée avec vigueur jusqu’ici: ils ont rempli leurs listes avec des candidats alibis tout juste bons à battre le pavé. Pas pour passer à la TV.

Mercredi 18 mars: Le PLR et le PS dos à dos

Quelle mouche les a piqués? Le Parti libéral-radical neuchâtelois a organisé son assemblée générale mardi soir à l’Hôtel des Endroits, à La Chaux-de-Fonds, en même temps que le 2e acte de la finale des play-off de LNB entre le HCC, icône locale, et le Lausanne Hockey Club (5-1). Malgré cela, plus de 80 personnes ont fait le déplacement. Une bonne affluence au vu des circonstances.

Il faut dire qu’aux Endroits aussi, l’affiche était alléchante. L’assemblée prévoyait un seul point à son ordre du jour: un grand débat entre les postulants PLR et PS au Conseil d’Etat. Quatre candidats des deux camps se sont affrontés successivement lors de duels d’un quart d’heure sur des thèmes variés (fiscalité, hôpitaux). Comme au hockey, on a assisté à d’intéressantes oppositions de style. Le PLR a pu compter sur les «body checks» appuyés de son rugueux défenseur Olivier Haussener. Le PS, lui, a misé sur la vitesse de son transfuge québécois Johanne Lebel Calame.

Malgré plusieurs brèches ouvertes de part et d’autre, les deux camps se sont quittés dos à dos. Ils leur restent quelques jours pour affûter leurs patins en vue du grand débat de la TSR (le 23 mars), véritable sommet de la campagne. Et, qui sait, porter l’estocade dans la course à la majorité gouvernementale.

Vendredi 13 mars: Le PDC conjure le mauvais sort

Le PDC neuchâtelois cherche-t-il à conjurer le mauvais sort? Quasiment inexistant sur la scène politique cantonale depuis sa création, en 2004, le parti centriste a lancé sa campagne le vendredi 13 mars à 13h13. Ce clin d’œil à la chance ne devrait pas suffire: avec un quorum fixé à 10%, il n’a aucune chance de voir l’un de ses 29 candidat(e) s siéger au Grand Conseil. Lors des dernières élections cantonales et fédérales, il n’a récolté que 3% des suffrages. «Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre», philosophe le président François Pahud.

Du coup, le PDC n’attire pas la foule. Seuls trois journalistes se sont déplacés pour relayer le programme du parti, détaillé dans une arrière-salle de la gare de Neuchâtel. Une pique à gauche, une pique à droite: les candidats au Conseil d’Etat Laure Rickenmann, Marc Eichenberger et Vincent Martinez assument leur isolement avec un certain panache. Ils en sont persuadés, le centre finira par percer. D’autant que quand on n’est pas représenté au Château, «on ne peut pas faire de bêtises». C’est déjà ça de pris.

Mardi 10 mars: Hainard, le candidat qui irrite

Malgré leur slogan de campagne rassembleur («Ensemble, changeons»), les cinq candidats du PLR au Conseil d’Etat brillent par leur faculté à se tirer dans les jambes. Le benjamin de la liste, Frédéric Hainard, 33 ans, est une cible privilégiée. Hyperactif, fort en gueule, il donne le tournis à ses aînés. Qui n’hésitent pas à la remettre à l’ordre.

Claude Nicati est le plus décomplexé. Et pour cause: il est le supérieur hiérarchique du Chaux-de-Fonnier au sein du Ministère public de la Confédération (MPC). Sur son site web, il liste les limites du mandat de procureur général suppléant, fonction justement occupée par son subordonné. «Il n’a aucune responsabilité de conduite de personnel […] et ne peut pas aller requérir seul devant le Tribunal pénal fédéral. Il est souvent plus jeune et a toute sa carrière devant lui.»

Ce n’est pas tout. Depuis une prise de bec dans le journal du parti, Frédéric Hainard est en froid avec le ministre sortant Roland Debély. Facebook révèle l’ampleur du problème: malgré de nombreux contacts communs, les deux hommes refusent obstinément de devenir «amis». C’est le signe d’une fâcherie sérieuse.