Une pétition en ligne réclame la démission de Pierre Maudet. Mardi vers 04h30, plus de 4330 personnes avaient signé le texte. «Nous pensons que Pierre Maudet ne peut plus rester conseiller d'Etat, peu importe la conclusion future de la procédure judiciaire, car nous n'avons plus confiance en lui», en raison notamment de «ses mensonges», écrit l'initiateur de la pétition, Didier Tischler Taillard.

Il semble que la patience du PLR suisse soit à bout, devant la tournure tragi-comique que prend «l’affaire Maudet» à Genève. Lundi, le comité directeur du parti suisse avait programmé l’affaire à son ordre du jour. Ce qui en est ressorti est cinglant pour le ministre genevois: Pierre Maudet est convoqué ce mercredi à Berne.

Du PLR genevois au PLR suisse

Petra Gössi, la présidente du parti bourgeois, avait déjà poussé un coup de gueule ce week-end. Dans une interview accordée à la RTS, elle déclarait: «A la place de Pierre Maudet, je démissionnerais.» Lundi midi, le comité directeur est allé formellement plus loin, puisque «l’affaire est devenue celle du PLR suisse», écrit la tête du parti au conseiller d’Etat genevois dans un texte que Le Temps s’est procuré. «Par conséquent, le comité directeur exige que vous preniez position contre les accusations portées contre vous», poursuit-il. Avec quel espoir? «Nous voulons entendre les faits de la bouche du principal intéressé», répond Karine Barras, porte-parole du PLR suisse.

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La présidence cantonale est également conviée à cette séance. «J’en prends acte et je serai présent à cette séance», répond le président du PLR genevois, Alexandre de Senarclens. Les atermoiements à la tête du parti genevois doivent aussi déplaire à Berne. Mardi dernier, une séance du comité directeur genevois ne débouchait sur rien de concret. Mais il se donnait trois jours pour enjoindre à Pierre Maudet de prendre ses responsabilités. Or, vendredi dernier, ce même comité directeur faisait volte-face en ne se prononçant pas sur l’objet promis. Dans l’intervalle en effet, les soutiens de Pierre Maudet avaient donné de la voix, 140 signataires réclamant la tenue d’une assemblée générale extraordinaire. Elle se tiendra le 6 décembre prochain, coupant l’herbe sous le pied de la direction. Celle-ci n’a pas pris le risque de braquer une partie de la base toujours fidèle au ministre. Une valse-hésitation qui a dû fâcher Petra Gössi.

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Une section cantonale agitée

A l’approche des élections fédérales, le PLR suisse, qui se sent pousser des ailes, craint par-dessus tout d’être freiné dans sa course par le psychodrame genevois. Pour autant, le parti suisse n’a pas grand pouvoir s’agissant des sections cantonales, indépendantes en leur fief. Il s’est donc contenté d’un coup de semonce en convoquant le conseiller d’Etat et le président du PLR genevois. Pas sûr toutefois que Pierre Maudet obtempère. Il pourrait vouloir attendre la tenue de l’assemblée générale avant d’affronter le parti suisse. Contacté, il n’a pas souhaité s’exprimer. Mais pour l’heure, les choses ne paraissent pas toutes simples: «Le parti discute en ce moment afin que Pierre Maudet puisse participer à cette séance», affirme Karine Barras. On imagine qu’une fin de non-recevoir serait très mal prise. Reste à voir aussi si Alexandre de Senarclens se désolidarisera du ministre, lui qui aujourd’hui préside un parti divisé et dans l’impasse.

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Ce n’est pas la seule correction que le PLR suisse a infligée à Genève lundi. Dans la foulée, il a annulé l’assemblée des délégués du parti suisse prévue dans la République le 12 janvier prochain. Genève pestiféré? Ce n’est pas l’avis de Rolin Wavre, député et membre du comité directeur du PLR genevois, présent lundi à Berne: «Le déplacement de cette assemblée n’est pas une punition pour le parti genevois mais vise à éviter les messages parasites lors de la première assemblée de la ou du nouveau conseiller fédéral libéral-radical.» Sur la convocation faite au ministre genevois, il n’a pas souhaité s’exprimer, tout comme Hugues Hiltpold, candidat au Conseil des Etats aux élections fédérales. En revanche, le conseiller national Benoît Genecand a appelé à la démission de Pierre Maudet dans la Tribune de Genève. D’autres séditions pourraient suivre. Mais les soutiens aussi paraissent indéfectibles.