Stratégie énergétique

Le PLR très remonté contre Christoph Blocher

Le chef stratège de l’UDC accuse ceux qui soutiennent la réforme énergétique d’avoir été «achetés». Cette accusation fait vivement réagir les dirigeants du PLR

Le torchon brûle entre le Parti libéral-radical et Christoph Blocher. Les accusations proférées par ce dernier vendredi au moment de l’annonce du référendum contre la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) mettent les leaders du PLR hors d’eux. Premier à réagir, le vice-président Christian Lüscher exige des excuses. «Je ne suis pas d’accord de me faire traiter de corrompu», s’énerve-t-il.

Vendredi, lors de sa conférence de presse et sur sa chaîne privée Teleblocher, le tribun zurichois a accusé tous ceux qui étaient opposés dans un premier temps à la SE 2050 mais renoncent aujourd’hui à soutenir le référendum de s’être fait «acheter». «On a acheté avec des subventions tous ceux qui étaient contre», a-t-il critiqué.

Lire aussi: Le peuple votera sur la Stratégie énergétique 2050

Et de citer en vrac economiesuisse, les propriétaires d’immeubles, la branche hydroélectrique, les PME, l’industrie, les paysans et les membres du PLR qui ont voté en faveur du tournant énergétique alors que, durant la phase initiale, ils avaient critiqué ce projet. Les aides prévues pour l’assainissement des bâtiments, la production hydraulique, les entreprises grandes consommatrices et les agriculteurs qui posent des capteurs solaires sur leurs toits relèvent de l’économie planifiée, dénonce Christoph Blocher.

«Accusations infondées»

Il en a rajouté une couche à l’égard du PLR, qu’il a accusé d’avoir empêché ses représentants de voter librement. Il a invoqué la Constitution, qui dit que «les membres de l’Assemblée fédérale votent sans instructions». Or le PLR n’a rien imposé à ses élus. Contrairement à ce qu’affirme Christoph Blocher, le parti n’a pas considéré la SE 2050 comme un dossier stratégique de première importance et a laissé chacun voter comme il l’entendait. «Ses accusations sont totalement infondées», proteste le porte-parole du parti, Arnaud Bonvin.

La preuve? Vingt-sept parlementaires PLR ont soutenu la réforme alors que 14 l’ont rejetée. Une majorité du groupe libéral-radical a ainsi apporté son soutien à la stratégie énergétique, mais il n’y a eu aucune instruction, martèle la direction du parti. Le PLR ne manque pas de s’étonner qu’un tel soupçon vienne de Christoph Blocher, car ce sont plutôt les membres de l’UDC qui donnent parfois le sentiment de voter comme on leur dit de le faire. Un exemple? En juin 2013, les élus de ce parti ont trouvé sur leur pupitre un mot leur indiquant la manière de voter à propos du projet de loi urgente visant à régler le différend fiscal avec les Etats-Unis, surnommée Lex USA.

Christian Lüscher ne laisse pas passer ces accusations. «Personne ne m’a acheté pour aucun de mes votes durant les neuf ans que j’ai passés au parlement. Je vais écrire à Christoph Blocher pour lui demander de se rétracter et de présenter ses excuses. Je rappelle que l’accusation de corruption, car c’est de cela qu’il s’agit lorsqu’on dit que quelqu’un s’est fait acheter, est une infraction pénale. Ce qu’il a dit relève de la calomnie», s’emporte le Genevois, qui a apporté son soutien à la SE 2050 au moment du vote final. «Et je ne vais pas me laisser insulter par ce vieillard aigri et radoteur», ajoute-t-il sur Facebook.

«Comme Donald Trump»

Egalement vice-président du PLR, Philippe Nantermod fait partie des 14 qui ont voté contre la réforme énergétique. Mais il n’accepte pas les propos de Christoph Blocher: «On croirait entendre Donald Trump qui ne sait plus trop ce qu’il dit», déclare-t-il. «En portant de telles accusations, il décrédibilise le référendum, qui, mais je le dis à titre personnel, n’est pas dénué de fondement», poursuit-il. Comme membre de la présidence du PLR, il ne rejoindra toutefois pas le camp du référendum, contrairement à son collègue genevois Benoît Genecand, dont l’apparition entre Christoph Blocher et le président de l’UDC Albert Rösti au sein du comité référendaire fait beaucoup jaser à l’intérieur du PLR.

Jacques Bourgeois est lui aussi outré par les critiques de Christoph Blocher. Le directeur libéral-radical de l’Union suisse des paysans (USP) a fini par voter en faveur de la SE 2050. Parce que les agriculteurs ont été «achetés» comme l’affirme le chef stratège de l’UDC? «Les paysans n’ont pas été achetés. Ils ont compris la contribution qu’ils peuvent apporter à la sécurité de l’approvisionnement énergétique du pays car ils disposent de grandes surfaces sur leurs toits pour installer des panneaux photovoltaïques. Et je précise que cinq membres de l’UDC ont approuvé la stratégie énergétique: tous sont agriculteurs», répond-il. «Le Temps» a voulu savoir ce que Christoph Blocher pensait de ces réactions outrées. Mais il est en voyage à l’étranger jusqu’à la fin du mois, regrette sa secrétaire.

Publicité