Les libéraux-radicaux romands regroupés derrière Claude Ruey sont repartis avec des sentiments mi-figue mi-raisin de l’assemblée de leur parti, samedi à Zurich. Le document stratégique adopté par les quelque 300 délégués présents prévoit de durcir la politique migratoire, mais il met davantage l’accent sur les aspects positifs de la libre circulation des personnes et sur les besoins de la formation en Suisse que ne l’avait imaginé son principal auteur, le conseiller national Philipp Müller.

La démarche protestataire de Claude Ruey n’aura ainsi pas été complètement inutile. C’est vendredi, dans le cadre de la conférence des présidents des sections cantonales, que s’est produit le déclic. Le document préparé par Philipp Müller s’ouvrait sur la lutte contre les abus et la limitation de l’immigration en provenance d’Etats extérieurs à l’Union européenne. Les présidents des sections cantonales ont chamboulé l’ordre des priorités. Le premier chapitre du texte approuvé vendredi et samedi souligne les bienfaits de la libre circulation des personnes. «L’immigration de l’UE assure notre prospérité », dit-il. Deuxième changement majeur décidé par les représentants des sections cantonales: un chapitre spécial est consacré à la politique d’asile, alors que l’avant-projet mélangeait cette thématique à celle de la migration au sens large. « C’est une décision importante. Il est en effet nécessaire de distinguer ces deux problématiques », commentait Claude Ruey au terme de l’assemblée.

Nouvelles mesures

Les Romands ont obtenu quelques autres ajouts qu’ils jugeaient significatifs. A l’initiative de la section neuchâteloise, de nouvelles revendications ont été ajoutées au document stratégique du parti. Elles demandent des mesures contre les mariages blancs ou forcés et contre l’excision, un engagement du PLR contre le racisme et la xénophobie ou encore la prise en compte de la situation particulièrement difficile des régions frontalières.

La décision d’ouvrir le document stratégique sur l’utilité de l’immigration en provenance de l’UE et la séparation des chapitres consacrés à la migration et à l’asile ont convaincu Claude Ruey de renoncer à demander le renvoi du projet, car ces décisions en modifient quelque peu sa tonalité. Mais sa victoire s’arrête là.

Toutes les tentatives des libéraux-radicaux genevois, vaudois et neuchâtelois visant à assouplir les revendications portant sur le regroupement familial ou le statut des réfugiés ont échoué, aussi bien à la conférence des présidents que lors de l’assemblée de samedi. Claude Ruey, sa collègue genevoise Martine Brunschwig Graf et le Tessinois Dick Marty n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour tenter d’adoucir les mesures requises.

Traduction en panne

Une proposition genevoise visant à positiver le texte sans mentionner, dans son préambule les effets négatifs de l’immigration, a été rejetée de justesse par 139 voix contre 118, au terme d’une polémique qui paraît anodine, mais qui traduit bien la différence de sensibilité entre Romands et Alémaniques sur cette question. Parce que le projet des Genevois n’avait pas été traduit en allemand, il a fallu attendre la toute fin de la réunion pour qu’il puisse être voté, le temps que les Alémaniques puissent en prendre connaissance dans leur langue et suivre la ligne défendue par Fulvio Pelli: « On ne peut pas uniquement parler des bons côtés de l’immigration, il faut aussi évoquer les aspects négatifs », a déclaré le Tessinois.

De son côté, Claude Ruey n’est pas parvenu à convaincre ses collègues de parti de se montrer plus ouverts à l’égard du regroupement familial pour les personnes provenant de l’extérieur de l’UE, ni pour les immigrés au bénéfice d’une autorisation d’établissement ni pour les réfugiés «qui ne peuvent pas retourner dans leur pays pour voir leur famille », a vainement insisté Martine Brunschwig Graf. Le regroupement familial devra répondre « aux minima du droit international ». Ils ne sont pas non plus parvenus à empêcher que le PLR exige le renvoi de requérants admis à titre provisoire mais dont le pays d’origine est jugé sûr, par exemple le Sri Lanka.

Si, au terme de la réunion, le président Fulvio Pelli se montrait satisfait d’avoir pu mettre au point ce document en laissant chaque sensibilité s’exprimer, Claude Ruey était plus amer. « Le durcissement du regroupement familial et les décisions sur l’asile me restent en travers de la gorge », a-t-il confié au Temps. « On pénalise aussi bien des familles que des gens intégrés. Ce ne reflète pas nos valeurs libérales ».