«Avec votre attaque contre le seul allié qui vous a soutenus en 2007, 2008 et aujourd’hui, vous perdez toute crédibilité.» Lorsque l’Uranaise Gabi Huber, cheffe du groupe libéral-radical (PLR), dénonce avec vigueur la «traîtrise» de l’UDC qui tente de briser la concordance arithmétique après l’avoir prônée, l’Assemblée fédérale a l’impression que le couple UDC-PLR va voler en éclat.

La rancœur, mais aussi un brin d’inquiétude, monte en effet dans les rangs du PLR, car la décision de principe de l’UDC de tirer à boulets rouges sur les sièges socialistes au Conseil fédéral s’accompagne d’une mise en danger du fauteuil libéral-radical de Johann Schneider-Ammann, symbole de la fameuse concordance arithmétique qui scellait l’alliance PLR-UDC.

La colère de Gabi Huber éclate à la tribune mercredi sur le coup de onze heures, mais tout s’est tramé près d’une heure plus tôt. C’est à ce moment-là que Gabi Huber et Felix Gutzwiller (PLR/ZH), en discussion avec le clan UDC entourant Christoph Blocher, comprennent que l’alliance PLR-UDC pourrait être rompue. Il était d’ailleurs trop tard pour contre-attaquer directement puisque l’UDC Ueli Maurer venait d’être réélu.

Ce coup de poignard devrait logiquement laisser des traces puisque le partenaire UDC, allié naturel du PLR sur de nombreux dossiers économiques, fiscaux, ou de politique énergétique et de l’environnement, donne l’impression d’avoir commis l’irréparable.

Pourtant, sitôt le processus électoral terminé, la colère du PLR retombe très vite. La cassure se transforme en simple fissure. La majorité des membres du PLR reconnaît le coup de poignard dans le dos mais n’en tire pas des conclusions dramatiques. Personne n’admet d’ailleurs s’être trompé d’allié électoral. Les élus PLR souhaitent que l’UDC ne concrétise pas ses velléités d’entrer dans l’opposition tout en ne croyant guère à ce scénario.

«L’UDC reste représentée au Conseil fédéral avec Ueli Maurer, souligne Jacques Bourgeois (PLR/FR). Ce parti aura un pied dans le gouvernement et un dans l’opposition. C’était déjà leur stratégie. Cela ne changera pas grand-chose à l’avenir.»

Dans son communiqué officiel, le PLR ménage aussi la chèvre et le chou. Il se dit simplement «déçu» de l’attitude de l’UDC, qui «constitue un mauvais signal pour la collaboration bourgeoise au parlement». Le coup de Jarnac du parti de Christoph Blocher n’impressionne pas non plus outre me­sure Fathi Derder (PLR/VD), nouveau venu sous la Coupole fédérale. «C’est typiquement l’UDC», lance-t-il, sans se formaliser outre mesure des attaques frontales contre son parti. Christian Lüscher (PLR/GE), se dit même prêt à passer l’éponge immédiatement. «Au­jourd’hui, nous sommes fâchés et déçus, mais demain est un autre jour», note le conseiller national genevois.

Le message est clair: l’UDC est infréquentable sur la forme, en raison du manque de collégialité et de fiabilité de sa direction politique, mais elle le reste sur le fond. Autrement dit, le PLR va entrer dans une nouvelle forme d’alliance, pragmatique et à géométrie variable, avec l’UDC. A l’image de ce que les radicaux ont longtemps pratiqué avec le Parti socialiste sous l’ère, notamment, de Peter Bodenmann.

Le PLR a-t-il vraiment un autre choix sur les dossiers économiques et fiscaux? S’il veut peser sur les décisions politiques suisses, sa force de 15% ne suffit pas, surtout après le renforcement du centre. Le Parti bourgeois démocratique s’étant rapproché du Parti démocrate-chrétien, toute alliance avec lui s’avère impossible. Quant aux Verts libéraux, qui incarnent pourtant la nouvelle économie, ils sont trop peu «bourgeois» pour le PLR sur les thèmes économiques et financiers qui lui sont chers.

Reste qu’en poursuivant sa collaboration pragmatique avec un parti jugé peu fiable, le PLR prend le risque d’accentuer encore son problème de perte d’identité.