Impossible de ne pas les voir. Désormais au complet, le corps des 84 agents municipaux récemment engagés quadrille la ville de Genève, ne laissant aucune chance aux automobilistes mal stationnés. «Maintenant nous contrôlons tous les secteurs à la fois», confirme le commandant Jacques Dimier, responsable de l'instruction et de la formation des agents, sur un ton d'autant plus confiant que, dans quelques jours, du personnel engagé par la Fondation des parkings viendra encore renforcer le dispositif.

Encerclés, donc, les Genevois, que l'on dit particulièrement réfractaires à se soumettre aux règles du stationnement? Pas encore complètement. «Le mot commence à courir en ville qu'il suffit de ne pas payer son amende pour ne plus en entendre parler pendant des mois», constate par exemple le conseiller municipal radical Pierre Maudet. Car pour l'instant, le système a encore une «faille»: le Service des contraventions de l'Etat, où atterrissent toutes les amendes d'ordre municipales qui n'ont pas été payées dans un délai d'un mois. C'est-à-dire, en gros, une amende sur trois.

«Nous sommes submergés», concède Denis Thorimbert, directeur de ce service. Et pour cause: l'année dernière, quelque 100 000 affaires lui ont été transmises par la ville de Genève, soit quatre fois davantage que l'année précédente. C'est peu dire que ses quelque 65 collaborateurs ont du pain sur la planche. Chaque mois, ce ne sont pas moins de 7800 rappels qui sont envoyés aux mauvais payeurs. Lorsque ces contraventions sont recouvrées, le montant de l'amende va à la Ville. L'Etat, lui, conserve les taxes et émoluments.

Mais la tâche n'est pas simple, puisqu'il faut débusquer nominalement le conducteur fautif. Elle se complique encore dans le cas de véhicules d'entreprises, mais aussi de voitures étrangères, et notamment celles conduites par les milliers de frontaliers qui traversent tous les jours la frontière et pour lesquels la procédure de recouvrement est plus longue et complexe. «Nous essayons de récupérer un maximum. Mais nous ne nous attendions pas à une telle augmentation des affaires à traiter, explique Denis Thorimbert. Nous analysons la possibilité de compléter encore notre équipe.»

Ce n'est pas seulement une question de principe. Car il s'agit aussi de couvrir les frais découlant de l'engagement de cette escouade d'agents municipaux. Mieux: la Ville a prévu dans son dernier budget 20 millions de francs de rentrées grâce à son poste «amendes». Une perspective combattue par la droite, dont l'un des conseillers municipaux en était carrément venu à parler de «racket» destiné à renflouer les caisses de l'Etat. «Nous n'avons pas attribué un certain quota d'amendes, souligne cependant le commandant Jacques Dimier. Les consignes adressées aux agents sont claires: s'il y a une infraction, verbalisez!»

Une instruction parfaitement comprise par les agents municipaux, qui ont atteint maintenant un rythme de croisière de 8000 à 9000 amendes d'ordre établies par semaine. Sachant que le montant moyen est de 60 francs, les autorités de la Ville ont bon espoir de parvenir sans peine aux 20 millions annoncés. «Je serai dans les chiffres», promet le chef du Département municipal des sports et de la sécurité, André Hediger.

Reste toutefois le «nœud» du Service des contraventions qui représente, selon le conseiller administratif, «un manque à gagner de 3 à 4 millions de francs». Qu'à cela ne tienne. Sur l'insistance d'André Hediger, la présidente du Département de justice, police et sécurité, Micheline Spoerri, vient ainsi de proposer une modification urgente de la loi. Objectif: répondre à ces «circonstances exceptionnelles» en donnant à la Ville la compétence de s'occuper aussi des contentieux lorsque les amendes d'ordre ne sont pas payées et qu'elles se «transforment» en contraventions. «La plupart des zones bleues et des horodateurs concernent la Ville, et il est donc logique que nous nous en occupions complètement», explique André Hediger.

D'ici là, Denis Thorimbert aura fort à faire pour soutenir ses collaborateurs au Service des contraventions de l'Etat. «Souvent, les gens sont découragés devant le nombre d'affaires qui restent en suspens. Parfois, ils ne verront l'aboutissement d'une poursuite lancée aujourd'hui que dans deux ou trois ans. Dans notre métier, il faut savoir rester patient.»