Un train, trois arrêts et des centaines de poignées de mains, c’était le menu de la fête organisée jeudi par Fribourg pour son nouveau conseiller fédéral, Alain Berset. Elu mercredi 14 décembre, le socialiste a fait le voyage depuis Berne, en passant par son village, Belfaux.

Un tel voyage, ça se fait en train spécial: six wagons, dont un transformé en salon de luxe, pour emmener l’élu, sa famille et ses dizaines d’invités. A chaque arrêt, le nombre de fans augmente. Partout, on se sent «fier».

12h58. Gare de Berne

Celui que tout le monde attend arrive avec dix minutes d’avance sur l’horaire. Le quai 3 est bondé. L’ancien conseiller fédéral fribourgeois Joseph Deiss, l’autre conseillère fédérale socialiste, Simonetta Sommaruga, et un grand nombre de parlementaires sont là.

Les services de protection du Conseil fédéral sont aussi présents. Complet noir, cravate bordeaux, oreillettes, on les reconnaît loin à la ronde. Les services secrets ne sont pas si secrets. Et c’est parti pour le voyage. Il est 13h11.

13h28. Flamatt, l’entrée à Fribourg

C’est déjà le premier arrêt à Flamatt, juste après la frontière du canton de Berne. Malgré le déploiement de sécurité, les CFF annoncent: «Vous pouvez laisser vos affaires dans le train, mais c’est à vos propres risques.»

Les drapeaux s’agitent sur le quai, sous une pluie battante. Chants et discours se succèdent en allemand. «Car nous avons franchi la frontière entre les cantons, mais pas encore le Röstigraben», souligne Alain Berset à la tribune. Il milite pour la «solidarité entre ville et campagne».

Fribourg accueille son «héros», selon Georges Godel, le tout frais président démocrate-chrétien du Conseil d’Etat. «C’est génial d’être élu président le matin, et d’accueillir un conseiller fédéral l’après-midi.» Nouveau départ. Alain Berset plaisante avec ses invités dans les wagons.

14h55. Belfaux, son village

Puis c’est l’arrivée à Belfaux, «le» village d’Alain Berset. La pluie est plus calme. «Il est là», crient les enfants par dizaines. Ici, les chants sont en français. Des centaines de Belfagiens se réunissent en cortège jusqu’à la salle communale. Des armaillis sonneurs de cloches sont venus de la Gruyère, «parce qu’il est fribourgeois, même s’il n’est pas gruérien».

Les discours se suivent: «Nous sommes fiers», explique le syndic, Jean-Bernard Schenevey. «Tu es un modèle», ajoute Carl-Alex Ridoré, le préfet de la Sarine. En un trait d’humour, Alain Berset met tout le village dans sa poche: «On se demandait si j’irais aux Affaires étrangères ou à l’Intérieur. Avec le temps qu’il fait, je suis bien content d’être à l’intérieur.»

16h. «Ce qu’il fait? Euh…»

L’homme est en pays conquis. «J’étais un ami de son grand-père à l’armée», explique Louis Barras, âgé de 84 ans. «Ça m’a touché quand il a été élu. Ce matin, j’ai croisé son grand-papa. Il attendait le bus et avait les larmes aux yeux. Beaucoup de gens connaîtront notre village, maintenant.» Michelle Suchet se souvient du jeune Alain qui venait chercher du lait dans sa laiterie. «Il a vraiment l’étoffe pour le Conseil fédéral.»

Dans la cohue, quatre petites filles viennent serrer la main d’Alain Berset et disparaissent aussitôt. «On est gênées avec toutes ces caméras», expliquent Ana Sofia, Léa, Margaux et Aimérance. Alain Berset, elles le connaissent toutes. «Sa sœur, c’est ma prof d’athlétisme», explique l’une d’elles. Mais, ça fait quoi exactement un conseiller fédéral? «Euh…» Une seule ose répondre: «Je crois qu’il travaille pour mon papa.»

16h57. Le grand cortège

Le train redémarre. Et arrive à Fribourg à 16h57. La pluie redouble. Des représentants des gouvernements cantonaux romands accueillent Alain Berset. En tête d’un cortège sans fin, composé de centaines de personnes et de dizaines de parapluies, il traverse la ville jusqu’à l’Université Miséricorde. Ses enfants sont plus loin dans le cortège, avec leur famille, pour rester anonymes.

Beaucoup ont fait spécialement le déplacement, comme Michel Schmutz et Françoise Rouiller: «Nous étions là pour Joseph Deiss en 1999. On est fiers d’être Fribourgeois.» La soirée se finira à l’Université pour la partie officielle, et à Granges-Paccot pour le souper. La chancellerie a envoyé mille invitations. Environ la moitié lui sont revenues.

100 000 francs et plusieurs scénarios

Et le budget? Le Conseil d’Etat n’a pas fini ses calculs. «Cela avoisinera les 100 000 francs», estime la chancelière Danielle Gagnaux. Plusieurs scénarios avaient été envisagés: un itinéraire par Flamatt et Belfaux pour Alain Berset, et un par Bulle, si l’UDC Jean-François Rime était élu. L’éventualité que les deux soient élus avait aussi été imaginée.

Au final, qu’importe le gagnant, se diront les petits Fribourgeois. Ce qu’ils attendent, c’est le cadeau qu’ils reçoivent en l’honneur de leur conseiller fédéral: un jour de congé à l’école.

Les Grisons ont fêté jeudi «leur» présidente de la Confédération. Autorités et population ont accueilli chaleureusement Eveline Widmer-Schlumpf et ses invités. Une première dans le canton depuis 27 ans et l’accession du père de l’élue, Leon Schlumpf, aux plus hautes fonctions. Agé aujourd’hui de 86 ans, l’ancien conseiller fédéral était présent parmi les invités. (ATS)