Une partie de la Haute-Savoie suffoque depuis une dizaine de jours sous une pluie de particules fines. Au point qu’à compter de ce mardi la circulation sera alternée pour les camions les plus polluants dans la vallée de l’Arve, qui s’étend d’Annemasse à Chamonix. C’est une première dans ce département. En revanche, n’en déplaise aux sceptiques, Genève et la Côte vaudoise sont épargnés par le pic de pollution, assurent les autorités responsables.

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Les véhicules touchés par les restrictions françaises sont les poids lourds inférieurs à la norme Euro 3 (mis en circulation avant 2001), qui représentent environ 30% de la flotte locale. Les camions avec une plaque impaire circuleront les jours impairs et les camions avec une plaque paire rouleront les jours pairs. Les maires pourront aussi interdire le passage des poids lourds les plus polluants à proximité des maisons de retraite et des écoles. Pierre Lambert, le préfet de la Haute-Savoie, a présenté cette série de mesures vendredi soir devant un parterre d’élus très inquiets par l’épisode de pollution «majeure» qui enveloppe la vallée depuis début décembre.

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Les contrôles de vitesse vont être renforcés en Haute-Savoie. Le réseau autoroutier a été limité à 110 km/h depuis début novembre et près de 900 véhicules ont déjà été verbalisés. Les entreprises sont aussi sollicitées pour réduire leurs activités les plus émettrices en particules fines. La société Sitom, qui collecte les ordures ménagères, s’est ainsi engagée à limiter le volume de déchets incinérés et transportés jusqu’à l’usine d’incinération de Passy, au pied du Mont-Blanc.

Population exaspérée

Le préfet demande enfin aux habitants de ne plus utiliser leur chaudière au bois, sauf si c’est le seul moyen de chauffage, plus de la moitié des émissions de particules fines provenant de cette source. Les enseignants sont invités à garder les élèves en classe lors des récréations et la population à limiter ses activités sportives. Des rencontres de football ont été reportées ou déplacées hors zone de pollution.

Il n’est pas certain que ces décisions apaisent une population toujours mobilisée à cette époque de l’année contre une pollution «constante». Un appel sur les réseaux sociaux a rassemblé un millier de personnes exaspérées la semaine passée devant la mairie de Sallanches, autant le lendemain à Chamonix.

Pollution modérée à Genève

Des conditions anticycloniques et l’absence de vent dispersant les polluants expliquent ce phénomène. Etonnamment, Genève semble épargnée, tout comme Annemasse, par le pic de pollution. «Nous sommes en dessous de la limite journalière fixée à 50 microgrammes par m3» annonce Pierre Kunz, adjoint à la direction genevoise du service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants. Le site ge.ch/air indiquait que la pollution était modérée lundi en milieu urbain et faible à la campagne.

Pierre Kunz poursuit: «Des pistes peuvent expliquer ce constat assez général en Suisse romande: moins d’automobiles diesel, un brassage d’air un peu plus important que dans la Vallée de l’Arve et des systèmes de chauffage beaucoup plus contrôlés et plus filtrés qu’en France». A la question de savoir si les normes diffèrent d’un pays à l’autre, Pierre Kunz est formel: «Nous avons les mêmes mesurages selon le terme français et notre collaboration est très étroite avec Air Rhône-Alpes.»

Vaudois vigilants

Il enchaîne: «Nous sommes en train de mettre en place un cadastre afin de répertorier les sources d’émission de pollution, sorte de carte de l’ensemble du territoire depuis Genève jusqu’à Bellegarde dans l’Ain et Bonneville en Haute-Savoie. Des mesures franco-suisses d’assainissement sont à l’étude, avec le concours du ministère français de l’environnement, des cantons de Genève et du district de Nyon.»

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Aucune inquiétude non plus dans le canton de Vaud, la limite des particules fines oscillant lundi après-midi entre 24 et 30 microgrammes par m3, autant à Aigle, Yverdon et Morges qu’au centre de Lausanne. «Nous prenons des mesures antipollution à partir de 75 microgrammes comme pour le reste de la Suisse à l’exception de Genève qui se coordonne avec la France voisine», indique Clive Muller, du Département vaudois de l’environnement. Le spécialiste précise qu’il faut néanmoins rester prudents et vigilants «car les conditions à venir sont peu favorables avec notamment un vent faible».