La crue des lacs et cours d’eau s’est aggravée dans certaines régions de Suisse pendant la nuit de mercredi à jeudi en raison de nouvelles pluies. Les niveaux des lacs des Quatre-Cantons, de Bienne et de Zurich, ainsi que ceux de l’Aar et du Rhin ont encore augmenté.

Tôt jeudi matin, le niveau du lac des Quatre-Cantons dépassait d’un centimètre la limite de crue du niveau 5, fixée à 434,75 mètres. Cela signifie un «très grand danger», selon le bulletin de vigilance dangers naturels de la Confédération.

Plusieurs lacs avaient déjà atteint mercredi la limite de crue ou se trouvaient juste en dessous, comme ceux de Thoune (BE) ou de Bienne (BE). Le niveau d’alerte maximal restait en vigueur jeudi pour ces derniers. Le niveau du lac de Bienne, qui fait l'objet d'une surveillance permanente, avait dépassé jeudi à 07h00 son seuil de crue. L'eau a continué d'envahir plusieurs secteurs du débarcadère et de la plage de Nidau. Le lac devrait atteindre son niveau maximum samedi.

A 07h50, le niveau du lac de Bienne s'établissait à 430,37 mètres, soit 2 centimètres de plus que le niveau de crue, selon le site des dangers naturels du canton de Berne. En 2007, le lac avait atteint 430,88 mètres et en 2005 430,69 mètres.

Le niveau du lac de Bienne dépend non seulement des précipitations mais aussi du volume d'eau amené par l'Aar via le canal de Hagneck et par le volume d'eau qui sort par les écluses de Port. Le débit à la sortie du lac de Bienne est régulé en concertation avec les cantons et la Confédération.

S'agissant du lac de Thoune, il est actuellement au-dessus de son niveau de crue. Il continuera de monter pour atteindre son maximum vendredi soir, voire plus tard. L'Aar à Berne a aussi monté  pour atteindre jeudi à 07h50 un débit de 514 m3/s alors que le record enregistré en 1999 s'établissait à 613 m3/s. Dans le canton du Jura, le niveau des rivières est toujours très élevé. Mais aucun débordement n'a été signalé dans la nuit de mercredi à jeudi.

Un pays «ravagé»

Le niveau des rivières et des lacs devrait continuer à augmenter ces prochains jours. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) prévoit entre 60 et 80 millimètres de pluie dans les zones touchées, a déclaré mercredi soir David Volken, hydrologue de l’OFEV dans l’émission «10 vor 10» de la télévision publique alémanique SRF.

Le président de la Confédéraiton Guy Parmelin a appelé la population à la prudence. «Les intempéries qui ravagent notre pays sont inquiétantes. Les risques d’inondation augmentent», a-t-il écrit sur Twitter mercredi soir, remerciant «tous ceux qui assurent la sécurité de la population».

Appel de la SPA Valais

A la suite des intempéries, la société de protection des animaux du Valais lance un appel afin de trouver des personnes volontaires. «Nous recherchons des personnes volontaires, en cas de débordement du Rhône, pour nous venir en aide et recueillir les animaux (chats/chiens)», annonce l’association sur son site.


Risque de submersion des centrales nucléaires?

Sur les réseaux sociaux, une crainte apparaît autour du débordement de l’Aar en raison notamment des risques de submersion des centrales nucléaires à proximité. Une étude publiée en février dernier par quatre offices fédéraux et l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) révélait qu’en cas de crue extrême de l’Aar, qui se produit en moyenne tous les 100 000 ans, les sites de diverses centrales nucléaires et d’autres infrastructures critiques seraient inondés.

Lancée après la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon, en mars 2011, suivie d’un raz-de-marée, qui a entraîné le rejet de grandes quantités de matières radioactives, cette étude, intitulée «Crues extrêmes de l’Aar», de l’institut de recherche WSL, a fourni une analyse de danger détaillée pour cinq sites, dont ceux des centrales nucléaires de Mühleberg, de Gösgen et de Beznau.

Les simulations réalisées révélaient qu’un épisode de précipitations extrêmement rare pourrait gonfler les débits à plus de 7000 m3/s avant la confluence de l’Aar et du Rhin, soit 12 fois le débit moyen. En cas d’inondation extrêmement rare, les centrales nucléaires de Beznau et Gösgen seraient submergées d’environ 1,1 mètre, et le site de la centrale nucléaire de Mühleberg, à l’arrêt, serait également inondé de près d’un mètre. La direction de l’IFSN affirmait par ailleurs que toutes les centrales étaient suffisamment préparées à de tels événements.