Les Suisses établis à l'étranger participeront activement aux élections fédérales de l'automne prochain. Pour la première fois, la participation passera la barre des 100000 électeurs expatriés. Dans une interview à Swissinfo, le politologue bernois Wolf Linder explique les raisons, mais aussi les limites de cette augmentation rapide.

Alors qu'en 1992, seuls 15000 Suisses de l'étranger étaient inscrits sur les listes électorales, plus de 100000 prendront part cette année aux élections. Wolf Linder explique notamment l'intérêt croissant des expatriés pour la politique nationale par le fait que certains ne semblent en fait avoir découvert que tout récemment qu'ils pouvaient aussi exercer leurs droits de citoyen à l'étranger. Par ailleurs, les organisations de Suisses de l'étranger se mobilisent toujours plus.

En un seul bloc?

«Les Suisses de l'étranger ont le droit de voter et d'élire dans une dizaine de cantons. Il s'agit manifestement d'une tendance. Mais, à mon avis, la possibilité de se prononcer sur des objets fédéraux est bien plus importante pour la communauté des expatriés», analyse encore Wolf Linder. S'il admet que les 110 000 voix des Suisses de l'étranger représentent un poids considérable, le politologue précise que ce nombre impressionnant perd singulièrement en importance une fois que les voix ont été réparties dans les différents cantons. «C'est là que réside le problème», dit-il à Swissinfo. «Le système actuel atténue le potentiel politique des Suisses de l'étranger. Pour changer cette situation, il faudrait comptabiliser ces voix en un seul bloc. C'est pour cette raison que des efforts ont été entrepris pour rendre cette participation plus visible et plus efficace. C'est ainsi qu'il a été demandé d'attribuer aux Suisses de l'étranger des sièges dans les deux Chambres du parlement»

Un 27e canton? Wolf Linder précise sa pensée: «On pourrait proposer aux Suisses de l'étranger deux sièges à la Chambre haute et un contingent de 5, 8 ou 10 élus à la Chambre basse, comme c'est d'ailleurs déjà le cas dans d'autres pays, comme l'Italie.» Il estime que la voix de la Cinquième Suisse peut véritablement être une «voix particulière et pleine de valeur, car elle nous renvoie une image de la manière dont nous sommes vus de l'extérieur».