Une étude publiée mardi fait état de l’ampleur de la violence domestique en Suisse. Les nombreux féminicides commis en Suisse depuis le début de l’année ne semblent être que la partie émergée des violences subies par les femmes, alertent la Fédération solidarité femmes de Suisse et du Liechtenstein (DAO) qui a commandé l’étude à l’institut Sotomo.

Quelque 42% des femmes interrogées sont concernées par des violences subies au sein du couple. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée, relèvent les auteurs de l’étude réalisée à l’automne 2021 auprès de plus de 3500 personnes. Les réponses obtenues font référence à la fois à la violence psychologique, physique et/ou sexuelle.

Une lectrice témoigne dans le Blick des humiliations et des menaces qu’elle a subi, une fois qu’elle a menacé de quitter son mari qui la trompait: «Il a menacé de m’enlever mes enfants et de mettre le feu à l’appartement», raconte-t-elle. Elle a subi une hémorragie cérébrale et s’est retrouvée paralysée d’un côté, les humiliations ont alors commencé: «Il me disait que je ne valais plus rien, que je n’étais plus qu’un fardeau pour le système». Il y a peu, elle a réussi à s’échapper.

Les femmes de 26 à 45 ans, principales victimes

Les femmes, âgées de 26 à 45 ans, sont le plus souvent concernées: presque la moitié des répondantes de ce groupe d’âge ont indiqué avoir été victimes de violences au sein de leur couple. Une autre donnée dévoile l’ampleur de la violence domestique en Suisse: près de 40% des personnes interrogées ont répondu qu’elles avaient déjà suspecté cette forme de violence dans le voisinage immédiat. Près de la moitié en avaient déjà été informées au moins une fois par une personne concernée.

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Pour trois quarts des sondés, la violence dans une relation est la première raison d’une séparation. Mais le nombre élevé de personnes concernées montre que ce type de violence est un phénomène quotidien pour un trop grand nombre de personnes, indique la DAO.

La politique doit en faire plus

Quelque 80% des personnes interrogées tendent à percevoir la violence domestique comme un problème social. Le même pourcentage est d’avis que la politique devrait en faire plus. Plus de 90% des personnes interrogées ont déclaré qu’il serait judicieux que les autorités publiques consacrent davantage de fonds aux campagnes contre la violence domestique. Avec son adhésion à la Convention d’Istanbul en 2018, la Suisse est tenue de prendre des mesures d’envergure contre les violences genrées et la violence domestique, rappelle la DAO.

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Pour de nombreuses femmes victimes de violences et leurs enfants, les maisons d’accueil sont un lieu important où se rendre. Elles représentent une opportunité de sortir de la spirale de la violence, relèvent les auteurs.

Les féminicides, partie émergée de l'iceberg

Les résultats de l’étude et le nombre élevé de féminicides commis ces dernières semaines dressent un tableau sérieux, peut-on lire dans le communiqué. Compte tenu des nombreuses femmes qui, selon l’étude, ont déjà subi des violences de la part de leur partenaire, les féminicides ne sont apparemment que la partie émergée de l’iceberg.

Comme il n’existe pas d’études de prévalence complètes sur une longue période, les auteurs de l'étude soulignent que les résultats doivent être considérés isolément comme une première évaluation de la situation.

D'autres organisations tentent de dresser le bilan des violences faites aux femmes. La plateforme suisse «Stop Féminicide» écrit que toutes les deux semaines, une femme est tuée par son mari, son partenaire, son ex-partenaire, son frère ou son fils, parfois par un inconnu. Selon le Bureau fédéral de l’égalité, chaque semaine une femme survit à une tentative de féminicide, rapporte la plateforme.

Selon les données de la Confédération, plus de 20 000 infractions dans le domaine de la violence domestique ont été enregistrées par la police en 2020. L’ampleur du phénomène semble être sous-estimé selon l’étude, de nombreux cas n’étant pas déclarés aux autorités.