Plus de 6000 signatures contre les renvois des requérants d’asile vers la Croatie
Accompagné par une centaine de requérants victimes de violences et plusieurs parlementaires romands, le collectif Droit de rester a déposé à Berne une pétition exhortant la Confédération à suspendre les transferts vers le pays des Balkans
«C’était le 19 avril 2022, je me souviens il faisait tellement froid. Il pleuvait lorsque la police croate a commencé à nous taper. Elle a dit aux hommes qui voyageaient avec nous qu’ils devaient nous violer et que s’ils ne le faisaient pas, elle ne les laisserait pas partir.» Entre deux phrases, la conseillère nationale genevoise Stéphanie Prezioso (Ensemble à gauche) reprend son souffle. «Quand mon tour est arrivé, j’ai crié et couru partout sans savoir où aller. Les policiers m’ont tabassée et quand ils ont vu que j’étais enceinte, ils m’ont emmenée au poste.»
Ces maux sont ceux d’Ange Nduwayezu, une journaliste burundaise de 30 ans, réfugiée en Suisse. Comme beaucoup d’autres, la route des Balkans l’a menée en Croatie, cible régulière des critiques d’organisations d’aide aux réfugiés pour les mauvais traitements qu’elle infligerait à ceux qui passent illégalement par son sol. Derrière Stéphanie Prezioso, la conseillère aux Etats verte neuchâteloise Céline Vara lui tient un parapluie. A Berne, devant la Chancellerie fédérale, il pleut des cordes mercredi après-midi. Le collectif Droit de rester vient d’y déposer une pétition initiée il y a un peu moins d’un mois: 6534 signatures pour que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) suspende immédiatement les renvois Dublin (du nom de la procédure en vigueur en Europe) vers la Croatie. Selon ce règlement, le premier pays dans lequel un migrant est enregistré devient responsable du traitement de sa demande d’asile. A quelques mètres des parlementaires qui lisent tour à tour des témoignages de maltraitance, un bonnet sur la tête et le visage fatigué, Ange écoute ses mots. Elle s’est levée à 5h ce matin pour être à l’heure, elle vit désormais dans un centre d’asile du Tessin. En Croatie, après avoir été arrêtée, Ange a perdu son bébé dans les toilettes d’une chambre où on l’avait enfermée. Aujourd’hui, Ange risque d’être renvoyée en Croatie.