En juin dernier, le canton de Vaud a accueilli 943 réfugiés. C'est plus du double du mois précédent. Et près de quatre fois plus qu'en août 1998. Autant dire que depuis plusieurs semaines, les 1400 places disponibles dans les centres de premier accueil du canton sont saturées. Prévoyant l'afflux de Kosovars, le canton de Vaud a imposé en avril dernier à 29 communes d'aménager leur abri PC en centre d'accueil provisoire, pour une durée de 4 à 6 mois.

Une liste pour des centres

Comment les a-t-on choisies? Le canton de Vaud a d'abord écarté toutes les communes qui accusaient déjà un taux de requérants d'asile supérieur à 0,5% par rapport à leur population résidente. Exit donc Aigle, Bex, Cossonay, Leysin, Moudon et autre Sainte-Croix.

Restaient tout de même 86% des communes. Elles ont finalement été sélectionnées en fonction de l'aménagement et du volume de leurs abris. Les lieux offrant plus de 80 à 100 places sont choisis en priorité. Il fallait aussi que le local comporte sanitaires, cuisine et salle de séjour.

Ainsi, des centres en sous-sol se sont ouverts à Bussigny, Pully, Blonay et Lutry. Chavannes devait accueillir le cinquième de ces centres avant qu'un incendie criminel ne le détruise en début de semaine. Saint-Prex, Cugy, Rolle, Le Mont-sur-Lausanne, Yvonand devraient être les prochains.

Mais la liste des 29 communes n'est pas arrêtée. En fait, elle évolue également en fonction des projets de logements que la Fondation d'aide aux réfugiés (Fareas), avec l'aide de l'Etat, envisage d'acquérir ou de louer pour désengorger les centres de premier accueil de manière durable. La commune qui accepte de mettre à disposition de tels logements est bien évidemment retirée de la liste.

Convaincre sans contraindre

A ce niveau-là, on ne force personne. Il faut convaincre préfet, syndic, municipaux, propriétaires privés, voire conseillers communaux ou même la population avant de conclure l'affaire. C'est le travail délicat que mène depuis l'automne dernier Raoul Baud, délégué cantonal à l'approvisionnement économique du pays.

L'Etat l'a désigné comme négociateur pour la recherche de bâtiments permanents pour l'aménagement de centres d'accueil collectifs. Raoul Baud est l'intermédiaire diplomatique entre les propriétaires (privés ou communes), les politiques et l'acquéreur (la Fareas). «Rien ne se fait par écrit, il faut voir les propriétaires chez eux, les politiques dans leur commune. Cela va parfois très long. Il ne faut négliger aucun interlocuteur. Si une affaire est conclue en trois mois, je suis content.»

L'accueil est parfois froid: «Ce n'est jamais l'enthousiasme chez les syndics, mais quand je leur montre la répartition géographique des requérants et le nombre d'arrivées par mois, ils sont conscients qu'il faut faire un effort. Certains pensent que les requérants seraient tellement mieux chez l'autre!» Le délégué se met dans la peau du syndic: «Sur la carte aérienne de la commune, je procède par élimination: ne logeons pas les requérants au milieu de la localité. Ni au bord du lac, c'est une zone trop sensible pour la population du lieu. Il faut trouver une zone médiane, entre la zone industrielle et les habitations.»

Les lois de la richesse

La quête progresse difficilement. A Payerne, la Fareas s'intéressait à l'ancienne usine Fivaz, dont les trois bâtiments étaient désertés depuis le printemps 1994. Mais la municipalité a refusé. Même déconvenue à Founex, sur la Côte: le motel, aux abords de l'autoroute, a été vendu à McDonald's plutôt qu'à la Fareas, alors que le géant du hamburger avait une autre possibilité d'implantation à Mies. «J'ai souvent contribué à la relance économique du canton», sourit un peu amèrement le délégué.

Actuellement, c'est sur La Côte qu'il est le plus urgent de trouver des immeubles, afin de mieux répartir géographiquement les requérants. Mais il n'est pas facile de trouver des locaux dans les communes riches: les abris PC sont souvent trop petits sur La Côte où les villas avaient été dotées de leur propre abri. Ensuite, les locaux vides sont plus rares que dans les régions défavorisées économiquement: les locaux d'entreprises en faillite ou à charge des banques (ce sont des lieux rêvés pour la Fareas) rentrent plus vite dans le circuit économique que dans la vallée de Joux ou dans l'Est vaudois. Et il n'est pas question de vider des lieux pour y mettre des réfugiés.

Mais La Côte n'échappera pas à la solidarité: Raoul Baud est à la recherche de terrains pour y poser des constructions préfabriquées. Le Groupe d'architecture Y à Yverdon est en mesure de fournir des unités de logements, bon marché mais confortables, pour 84 à 110 personnes, avec cuisine et salles de séjour communes. Ce concept d'hébergement, baptisé «Eco-Lodgia», a d'ailleurs été présenté et agréé – avec un aménagement intérieur différent – comme hôtel modulaire pour Expo.01. Raoul Baud souhaiterait aménager deux modules de 110 places sur La Côte, l'un dans la région d'Aubonne-Rolle, l'autre près de Nyon.