Sa longévité a de quoi faire pâlir d'envie ses collègues. Mais après treize ans à son poste, Philippe Roch s'en va. Le directeur de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (Ofefp) a donné sa démission le 25 novembre dernier. La nouvelle a été rendue publique lundi soir. «Normalement, il partira à la fin de l'an prochain, explique Oswald Sigg, le porte-parole du Département fédéral de l'environnement. Mais si nous trouvons un remplaçant ou une remplaçante avant cette date, il pourrait quitter ses fonctions plus tôt.» Philippe Roch, âgé de 55 ans, explique sa décision par le besoin de «consacrer davantage de temps à la philosophie et à la spiritualité». Il pourrait revenir à ses premières amours, les organisations non gouvernementales.

Chasseurs, éleveurs de moutons, exploitants forestiers ou propriétaires de 4x4: dans ces milieux, nombreux sont ceux qui se réjouiront de ce départ. Genevois au parler plutôt franc, Philippe Roch est d'abord le plus écologiste des hauts fonctionnaires fédéraux. En 1991, il dirigeait la section suisse du Fonds mondial pour la nature (WWF). Puis l'ancien conseiller fédéral Flavio Cotti, qui aimait nommer dans l'administration des personnalités venues de la société civile, en a fait un véritable ministre de l'environnement à l'influence considérable.

Coupes drastiques

Mais la vie de Philippe Roch est devenue plus compliquée ces dernières années. La résistance politique aux nouvelles mesures de protection de la nature s'est amplifiée. L'un de ses projets fétiches, l'introduction d'une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre, s'est enlisé dans les méandres du processus parlementaire. Les mesures d'économies ont durement touché son office: 20 postes sur 270 ont été supprimés, et son budget doit être amputé de 100 millions de francs sur environ 700 d'ici à deux ans. Il y a quelques jours, le parlement a voté une nouvelle réduction de 5 millions de francs des ressources de l'Ofefp.

La montée en puissance de l'UDC et l'arrivée de Christoph Blocher au Conseil fédéral ont accéléré ce mouvement. Les partis de droite remettent en question le droit de recours des organisations écologistes. La création de nouveaux parcs naturels a failli être sommairement supprimée de l'agenda gouvernemental. Dans les vallées où de futures réserves pourraient voir le jour, les habitants renâclent. L'extension de l'unique parc national suisse, dans les Grisons, a dû être réduite après le vote négatif de l'une des communes concernées. Philippe Roch est un diplomate respecté dans les grandes négociations écologiques internationales, mais il a beaucoup de mal à convaincre montagnards et campagnards de ses bonnes intentions.

Le retour du loup dans les Alpes, l'un des principaux événements écologiques de l'ère Roch, a donné beaucoup de fil à retordre au chef de l'Ofefp. Pour protéger les troupeaux, il a dû accepter à contrecœur d'augmenter le nombre de tirs de cet animal protégé. Au Conseil de l'Europe, à Strasbourg, la Suisse se retrouve aujourd'hui à militer pour un affaiblissement de la protection accordée aux loups.

Interrogé lundi soir par la Télévision suisse romande, Philippe Roch a souligné que ces multiples revers l'ont rendu «triste», mais n'ont joué aucun rôle dans sa décision de démissionner. Il a aussi exprimé le souhait que le conseiller fédéral en charge de l'environnement, Moritz Leuenberger, lui trouve un «successeur qui ait du cran». Il en aura besoin.