Mischa Ebner s'est suicidé dimanche après-midi. Celui que l'on surnommait le «tueur de minuit», auteur présumé du meurtre d'une étudiante près de Berne et d'agressions sur plusieurs femmes, s'est pendu au moyen d'un drap dans sa cellule de la prison de Thoune.

Arrêté le 20 août après avoir semé un climat de terreur dans la capitale fédérale et ses environs, son décès met fin à un parcours carcéral chaotique. Supportant extrêmement mal sa mise en détention préventive, le jeune homme de 27 ans avait déjà tenté de se suicider le 5 septembre dernier, ce qui avait conduit à son transfert de la prison régionale de Berne à celle de Thoune.

Depuis, son état mental ne semblait pas s'améliorer, comme en atteste une interview parue le 14 novembre dans Sport-Magazin. Il déclarait alors avoir de la peine «à trouver la force nécessaire pour continuer à vivre et à donner un sens à sa vie». «Il m'est extrêmement pénible de penser à l'avenir», ajoutait-il à un moment où il reconnaissait la gravité de ses faits. Selon les informations diffusées par la police cantonale bernoise, Mischa Ebner a profité du sommeil de son compagnon de cellule, qui s'était endormi en regardant la télévision, pour se pendre avec un drap. Lorsque son compagnon s'est réveillé, vers 15 h 30, il a alors immédiatement alerté les surveillants, qui n'ont pu que constater le décès de Mischa Ebner. Ce dernier a laissé une lettre d'adieux, dont la police ne désire pas dévoiler le contenu. Le corps a été transféré à l'Institut de médecine légale de l'université de Berne pour autopsie.

Directement placé sous les feux de l'actualité par le décès du plus célèbre de ses détenus, Christian Schlecht, en charge de la prison de Thoune, souligne avoir fait le nécessaire pour éviter tout dérapage: «Mischa Ebner faisait l'objet d'un contrôle régulier toutes les heures (les faits se sont produits 20 minutes après le dernier contrôle, ndlr). Lors des détentions de longue durée, il n'est simplement pas possible d'installer une surveillance constante, c'est-à-dire une caméra.» Christian Schlecht ajoute par ailleurs qu'on ne peut exclure complètement le risque qu'un détenu mette fin à ses jours au moyen d'un drap ou d'un habit, par le simple fait de l'impossibilité d'enfermer quelqu'un nu dans une cellule vide.

Des informations supplémentaires seront données en fin de semaine, indique pour sa part Olivier Cochet, du service d'information de la police cantonale bernoise: «Nous donnerons une conférence de presse pour faire le point sur l'enquête ouverte suite au suicide. Au même moment, nous informerons de l'état actuel de l'instruction engagée contre Mischa Ebner.» En effet, aujourd'hui se pose la question des suites à donner aux déclarations faites de son vivant par le détenu. Après son arrestation, il avait avoué avoir poignardé mortellement une femme de 20 ans dans la commune de Niederwangen et grièvement blessé une autre de 23 ans à Bümpliz, dans la nuit du 31 juillet au premier août. Par ailleurs, il avait aussi reconnu lors de ses auditions avoir commis entre 25 et 30 autres agressions sur des femmes.

A l'heure actuelle, alors que l'ensemble de ces délits n'est pas encore éclairci et que leurs mobiles restent inconnus, une évidence surgit: les actes perpétrés et reconnus par le «tueur de minuit» s'avéraient toujours plus violents. Aux premiers vols à l'arraché sont venus s'ajouter des lésions corporelles, et pour finir l'homicide du premier août. Les investigations des enquêteurs doivent encore déterminer pourquoi Mischa Ebner s'est attaqué à des femmes. Lors des investigations, il avait déclaré «être malade psychologiquement et rencontrer des problèmes avec elles». Ces bribes d'explications cachaient clairement un malaise bien plus profond chez celui qui a été adopté à l'âge de quatre ans avec son frère Alex par la famille Ebner. Son titre de vainqueur de champion de la course militaire de Frauenfeld en 1998, qui en avait fait un héros local, et son métier de cuisinier n'auront constitué que l'illusion d'un certain équilibre. La mort de son frère aîné trois jours après sa victoire, par pendaison aussi, et les quelques déclarations récentes de son père naturel retrouvé par des journalistes du Blick – les deux enfants avaient été placés dans un foyer pour cause de mère absente et de père incarcéré par la justice – fournissent aujourd'hui quelques éléments de compréhension d'une déchéance annoncée. Et d'une issue fatale.