Deux millimètres? Micheline Calmy-Rey s’est aventurée à déclarer dans L’Illustré : «Nous sommes à deux millimètres d’un accord avec la Libye.» Les plus optimistes y voient une fin toute proche de la crise entre Tripoli et Berne, déclenchée par l’arrestation musclée d’Hannibal Kadhafi, le fils du colonel, et de sa femme, le 15 juillet 2008 à Genève. Selon nos informations, un document proposant un arrangement est effectivement entre les mains des deux parties, comme l’a souligné la TSR mercredi soir. Mais bien que prêt et validé par les délégations suisse et libyenne, ce document doit encore recevoir l’approbation du colonel Kadhafi.

Ces fameux deux millimètres, qui dépendent ainsi entièrement du bon vouloir du chef d’Etat libyen connu pour ses caprices et ses sautes d’humeur, pourraient donc s’avérer très élastiques… Et prolonger le calvaire des deux Suisses bloqués à Tripoli.

Nombreux rebondissements

En janvier déjà, la Suisse pensait être «à bout touchant». Micheline Calmy-Rey avait rencontré Saïf al-Islam Kadhafi, un des fils du colonel, lors du World Economic Forum de Davos. Mais la rencontre ne s’est pas avérée aussi fructueuse qu’espéré: le gouvernement libyen et le colonel ont rejeté par la suite un document transmis à Tripoli via Saïf al-Islam, aujourd’hui tombé en disgrâce auprès de son père. Il avait pourtant été validé par les négociateurs libyens. Voilà qui démontre que tout peut capoter à la dernière minute. Depuis le début de l’affaire, les rebondissements ont été nombreux.

Seule véritable avancée visible dans le dossier: le fait que Stefano Lazzarotto, le nouveau chargé d’affaires de Suisse en Libye, ait pu, après plusieurs mois de blocages, obtenir son visa. Il a commencé à travailler à Tripoli il y a exactement une semaine. L’Hebdo affirme qu’une rencontre demandée avec le premier ministre libyen, Baghdadi Mahmoudi, lui aurait été refusée. Une information que ne confirme pas le Département fédéral des affaires étrangères. Seule certitude: la Suisse a préféré envoyer un chargé d’affaires plutôt qu’un ambassadeur à Tripoli, pour que le diplomate, qui a notamment travaillé à l’ambassade de Suisse à Téhéran, ne soit pas obligé de présenter ses lettres de créance…

La Suisse a récemment fait savoir qu’une rencontre entre présidents serait le seul moyen d’apaiser les tensions et de conclure un accord. Hans-Rudolf Merz a depuis plusieurs semaines fait part de sa «disponibilité» à rencontrer Mouammar Kadhafi. Il a même évoqué un médiateur des Emirats arabes unis. A la moindre ouverture du côté libyen, le président de la Confédération serait ainsi prêt à sauter dans un avion.

Un site «www.kadhafi.ch»

Du côté libyen, certaines sources se plaisent à dire, pour faire monter la pression, que Hans-Rudolf Merz ne serait ni attendu, ni le bienvenu sous la tente du colonel. Mais à Berne, des diplomates assurent que jamais la Libye n’a réagi à cette possible visite présidentielle par les canaux habituels, à savoir par la voie diplomatique, que ce soit positivement ou négativement. «Nous devons composer avec une «diplomatie des dunes», souligne une source. Les Libyens n’ont pas les mêmes règles du jeu que nous. Beaucoup de critiques ne sont émises que pour être véhiculées par les médias et faire pression sur la Suisse. On doit s’attendre à tout.»

Baptiste Hurni, un jeune député socialiste au Grand Conseil neuchâtelois, a lui décidé de réagir. Les dernières provocations de Mouammar Kadhafi, qui lors d’une réunion au G8 a déclaré vouloir intervenir auprès des Nations unies pour «démanteler la Suisse» qu’il traite par ailleurs de «mafia mondiale», l’ont excédé. Ni une, ni deux, il a acheté le domaine www.kadhafi.ch et a publié sur son tout nouveau site internet une lettre ouverte au chef d’Etat libyen. Il espère recueillir de nombreux commentaires fustigeant ses méthodes. Pas sûr que les diplomates, qui retiennent leur souffle pour qu’un accord soit enfin scellé, voient cela d’un très bon œil…