Quelque 300 extrémistes de droite se sont bien rendus sur la prairie du Grütli pour le 1er Août, mais aucun incident n'a été à déplorer. Ceci alors qu'ils étaient presque trois fois plus nombreux que l'an dernier. Aucune bannière ou objet frappé de sigles fascistes n'a été aperçu bien que cela ait été le cas le 1er Août 2000, année où Kaspar Villiger a été chahuté par des skinheads au moment de prononcer son discours. Ce relatif «calme» de la part des extrémistes de droite correspond en fait à une nouvelle stratégie de leur part, celle de se montrer moins provocateurs pour éviter que des mesures légales puissent être prononcées à leur encontre. Par ailleurs, Jürg Bühler, suppléant du chef du service de prévention et d'analyse (SAP) au sein de l'Office fédéral de la police (OFP), souligne que le mouvement n'a plus de véritable tête forte (hormis Sacha Kunz, ancienne tête pensante du groupe Blood & Honour), alors que Pascal Lobsiger – qui a chahuté Kaspar Villiger il y a deux ans sur le Grütli – se présentait encore comme le chef du mouvement skinhead suisse en 2000.

Méfiance

Pascal Lobsiger a depuis été rattrapé par un procès pour avoir été impliqué dans une rixe et déclare aujourd'hui être «rangé». Une version des faits dont se méfie la police fédérale. La tendance à la non-provocation s'explique également par la volonté de certains groupuscules de se profiler de façon crédible sur la scène politique. Tel est le cas notamment du Partei National Schweiz (PNS) – aujourd'hui officiellement dissout – et du Partei National Orientierter Schweizer (PNOS) de Sacha Kunz, fondé en septembre 2000 à Liestal, dans le canton de Bâle-Campagne.

Pour ce qui est plus particulièrement de l'augmentation du nombre des extrémistes de droite sur la prairie jeudi, elle s'explique notamment par un phénomène nouveau: la présence de femmes. «Les femmes étaient effectivement très nombreuses cette année, et cela montre que les skinheads jugent important d'occuper cette prairie idéologiquement très importante pour eux autrement qu'avec leur seul noyau dur», explique Jürg Bühler. Ce dernier rappelle, malgré le «calme» apparent, le potentiel de mobilisation inquiétant des skinheads, la plupart possédant armes et munitions à la maison. Des spécialistes du dossier estiment toutefois que le nombre des activistes d'extrême droite aurait atteint le sommet de son évolution. Ils seraient aujourd'hui entre 900 et 1000, un développement particulièrement notable de la scène étant à signaler dans le canton d'Argovie.

Rappelons encore qu'en mars, un groupe d'experts a notamment recommandé au Conseil fédéral d'interdire, sur un plan pénal, l'utilisation de symboles discriminatoires comme la croix gammée, ou la création d'organisations racistes. La question du séquestre et de la confiscation du matériel de propagande d'extrême droite ou incitant à la violence, tout comme l'utilisation des signes à caractère discriminatoire n'est en effet pas réglée par la loi sur le maintien de la sécurité intérieure. Le Conseil fédéral a déclaré le 26 juin avoir pris connaissance des travaux législatifs de ce groupe d'experts placé sous la conduite d'Urs von Daeniken, chef du SAP. Le Département de justice et police prévoit maintenant de soumettre au Conseil fédéral, d'ici à l'été 2003, un projet de loi lié à la répression pénale de l'extrémisme de droite, ainsi qu'un message s'y rapportant.