UNESCO

Le Pod, lieu identitaire de La Chaux-de-Fonds

Peter Wullschleger, secrétaire général de la Fédération suisse des architectes-paysagistes (FSAP), décode la rue la plus emblématique de la cité horlogère.

A la Chaux-de-Fonds, c’est la rue qui règne sans partage. En témoigne la nature de son centre-ville qui n’est ni une place avec monument, ni un coeur historique confit dans ses vieilles pierres, mais une artère en chef: l’avenue Léopold-Robert. « Le Pod, c’est dès le plan Junod en 1835, un centre-ville en forme de flèche tendue vers l’ouest, montrant l’avenir d’une cité qui doit se reconstruire», explique Peter Wullschleger, secrétaire général de la Fédération suisse des architectes-paysagistes (FSAP). Aujourd’hui, c’est bien plus qu’une banale rue principale, c’est un lieu d’identité consacré où ont lieu toutes les manifestations de la vie publique, des défilés officiels à la balade dominicale. «On ne dit pas : on va faire les vitrines, mais on va faire le Pod», observe Peter Wullschleger.

Venu d’Argovie il y a une vingtaine d’années, l’architecte-paysagiste est devenu un fin connaisseur de l’histoire urbanistique chaux-de-fonnière et un citoyen attentif à l’aménagement de sa ville. Critique envers certaines interventions récentes, comme celle de la place du Marché, il constate que celles-ci ne portent pas atteinte pour autant aux fondamentaux du plan Junod, qui semble résister à tout - ou presque. «On peut construire à peu près n’importe quoi le long du Pod, on perçoit à peine la diversité des façades tant les perspectives ouvertes par la trame régulière des rues sont fortes. L’espoir est que l’inscription donne lieu à un nécessaire projet d’aménagement de l’espace public, partagé par tous et respectueux du plan d’origine et de ses principes. »

Mise sous cloche?

Ces principes au départ n’étaient pas de nature économique. Il s’agissait pour Junod et ses contemporains de reconstruire une ville répondant à trois principes: salubrité, égalité et sécurité. D’où une cité en quête d’ensoleillement et d’aération optimaux, d’une architecture simplifiée et produite en série, et des rues parallèles pour éviter la propagation des incendies. « L’industrie horlogère a trouvé un écrin idéal dans cette configuration urbaine. Le développement de l’horlogerie s’est autant nourri de l’urbanisme que l’inverse», souligne le paysagiste. Au quotidien, la simplicité des rues facilite le transport des ébauches d’un atelier à l’autre. Quant à la manière d’habiter cet urbanisme rigoureux, où la notion de quartier et de repères se dilue, elle se joue dans des détails pas toujours visibles de la rue. Ainsi des jardins installés en pied de chaque immeuble de logement. « La monotonie des façades offerte à la vue des passants est compensée, pour les habitants à leur fenêtre, par la vue plongeante sur la verdure: la leur, mais aussi celle des voisins. Chaque allée d’immeuble entretient avec grand soin son Eden, un peu comme des jardins d’agrément visuel .»

L’espace public risque-t-il une sorte de mise sous cloche avec l’inscription Unesco? « Sûrement pas: il fait partie des domaines qui ont le plus à y gagner, estime Peter Wullschleger. Le patrimoine urbain ici n’a jamais été figé dans le prestige ou la vieille pierre et ne le sera pas plus à l’avenir. Si on adopte une attitude de projeteur et pas de gestionnaire, avec le même soin que celui dont ont fait preuve nos prédécesseurs, l’espace public des deux villes gagnera en qualité. Le regard des gens sur leur environnement s’en trouvera changé et l’image de la ville aussi. »

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