L’arrivée du gagnant. C’est dans un Palais fédéral transformé en ruche qu’Alain Berset est arrivé à 7h44, un manteau clair sur les épaules et le visage digne. Il a dû attendre plus de quatre heures avant de prêter serment comme nouveau conseiller fédéral. A 8 heures, l’assemblée a pris congé de Micheline Calmy-Rey; puis, les chefs de groupes se sont succédé pour annoncer leur stratégie de vote. Place ensuite aux élections: Doris Leuthard, la première à passer, est brillamment réélue. La PBD Eveline Widmer-Schlumpf aussi, alors que son siège était attaqué par l’UDC et ses deux candidats Hansjörg Walter et Jean-François Rime.

L’UDC grimace. Dans la salle du National, l’UDC grimace. Le président Toni Brunner, le chef de groupe Caspar Baader et Christoph Blocher, la mine déconfite, discutent nerveusement.

Pierre-Yves Maillard passe. 10h09: le candidat socialiste Pierre-Yves Maillard se fraye un passage parmi les journalistes, pour rejoindre le salon du président, dans les pas perdus. Un journaliste alémanique le harponne: «C’est dur, hein?» «C’est surtout long…», répond-il. Ueli Maurer est réélu, puis le PLR Didier Burkhalter.

Le coup de l’UDC. Le tour de la socialiste Simonetta Sommaruga arrive. Le chef du groupe UDC annonce à la tribune: la concordance a été rompue avec l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf, dit-il, donc l’UDC lancera Jean-François Rime contre les autres; Hansjörg Walter se retire. La cheffe du groupe PLR accuse à son tour l’UDC de briser la concordance. La socialiste est réélue.

Stratégie perdante. Entre les tours et le dépouillement des bulletins, la salle des pas perdus fourmille de monde. Le conseiller d’Etat PLR vaudois Philippe Leuba tente de s’immiscer, mais est stoppé par un Securitas intransigeant, alors que son collègue Pascal Broulis a réussi à s’y glisser. Au tour du ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann d’être réélu par 159 voix contre 64 pour Rime. En coulisses, de nombreux PLR fustigent le comportement de l’UDC. On promet des règlements de comptes.

Une bonne longueur d’avance. Vient enfin la succession de Micheline Calmy-Rey. Au premier tour, Alain Berset remporte 114 voix, contre 59 pour Pierre-Yves Maillard, 59 pour Jean-François Rime et 10 pour Marina Carobbio. Commentaire de Philippe Leuba qui, entre-temps, a réussi à se faufiler dans les pas perdus: «C’est beaucoup plus serré que je pensais! Si les autres voix se reportent maintenant sur Maillard, il pourrait être élu grâce à l’UDC!» dit-il, tout sourire. Un scénario qui ne se confirme pas.

Le discours et l’apéro. Elu, Alain Berset prononce un discours dans les quatre langues nationales, avant d’être reçu par le Conseil fédéral in corpore. Ueli Maurer, souriant, lui réajuste une poche. Puis, un apéritif est organisé en son honneur. Le nouveau conseiller fédéral tarde à apparaître. Mais la majorité du Conseil d’Etat fribourgeois est là. Son grand-père maternel, François Angéloz, père de l’ex-présidente du PS cantonal Solange Berset, qui lui-même a été député au Grand Conseil, aussi. Tout ému. «Oui, oui, c’ est bien mon petit-fils!»