«Nuit des Longs Couteaux». A prononcer avec l’accent de Pascal Couchepin imité par Yann Lambiel. «Nuit des Longs Couteaux» égale: une série d’assassinats perpétrés par les nazis en Allemagne au début de l’été 1934 pour éliminer une grande majorité des paramilitaires du parti, la Sturmabteilung. Référence peu glorieuse. Pour ne pas dire très abusive en parlant des petits calculs censés se jouer au Bellevue dans quelques heures, mais qu’un Urs Schwaller sait très bien relativiser dans les confidences qu’il fait au Temps ce lundi matin: «L’élection se jouerait comme au poker, dans des conversations enfiévrées d’arrière-salle»? Ça le fait sourire. «Imaginez: si vous arrivez à convaincre quelqu’un entre 22h et minuit, la veille du vote, est-ce une personne sur qui vous pouvez compter?»

Reste que les mythes ont la vie dure. «Pour les amateurs de petits jeux politiques» néanmoins plus simples et moins destructeurs, «toutes les conditions sont réunies pour faire de ce 14 décembre une matinée palpitante», écrit, à jour «J» – 2, l’éditorialiste de la Tribune de Genève et 24 heures. Le casting, tout d’abord, varié, coloré: «Des personnages bien campés, pour certains fascinants, pour d’autres mystérieux.» L’intrigue, ensuite, «solide, avec une dame de fer attaquée et un parti puissant mais démuni». La scénographie, enfin, «sophistiquée, avec des coups de théâtre possibles à chaque tour de scrutin. Et au final, un débordement d’émotions garanti: des larmes sans doute, de la rage peut-être, et assurément beaucoup de suspense.»

Lacrymal et enragé, vraiment? Irait-on au massacre? A ce stade, on devrait plutôt parler de commedia dell’arte. Dans le rôle du grand ordonnateur, le conseiller national UDC Peter Spuhler, résume le site de la TSR, «met encore un peu plus la pression sur les libéraux-radicaux»: «Si Eveline Widmer-Schlumpf est réélue avec l’aide du PLR, nous nous trouverons dans une nouvelle situation et nous devrions attaquer le PLR», affirme-t-il dans la SonntagsZeitung. Le candidat du parti, Hansjörg Walter, juge, lui, dans le SonntagsBlick et Der Sonntag, que dans un tel cas de figure, l’UDC devrait demander une suspension de séance et discuter avec le PLR. Et de préciser que c’est le siège de Johann Schneider-Ammann qui est visé. Et pas celui de Didier Burkhalter, c’est important pour l’aile économique de l’UDC.

Et Le Matin Dimanche, alors? Encore autre chose. Enfin, c’est peut-être la même chose, mais dit différemment – on ne sait plus. Ce journal prétend qu’«elle agira au nom de la concordance, mais c’est surtout pour s’éviter un désagréable débat interne que l’UDC doit absolument conquérir son second siège au Conseil fédéral. Le PLR pourrait en faire les frais.» Là-dessus, de cour à jardin, passe l’homme au catogan: «Il dit que c’est dans son caractère et que c’est pour cela qu’il s’imagine être en première ligne si l’UDC devait devenir un parti d’opposition. Le Valaisan Oskar Freysinger appartient à la minorité qui rêve en secret que le Parlement oppose un «niet» ce mercredi à la candidature de Hansjörg Walter ou de Jean-François Rime.» Au passage, il se prend aussi de bec avec Fathi Derder dans Forum de RSR-La Première dimanche soir, après que Fulvio Pelli – celui que tout le monde aime comparer à Machiavel – eut appelé au calme et dit… quoi, encore? Que ce sont les autres qui «ont peur de perdre».

Allez vous y retrouver, après tout cela. Surtout que l’opposition, en Suisse, cela n’existe pas vraiment, ou que ça prête à rire, toujours selon Yann Lambiel, qui s’y connaît. Et surtout que c’est encore plus compliqué, apparemment, si l’on en croit L’Hebdo: «Au sein de l’UDC, c’est désormais la guerre des clans entre les proches de Peter Spuhler et ceux de Christoph Blocher, qui s’accroche à son pouvoir. Certains soupçonnent le leader, gourou et financier de vouloir entrer dans l’opposition après l’échec programmé du 14 décembre.» Lisez bien: échec programmé. Mais où va-t-on chercher tout cela? Une majorité du groupe, selon le magazine romand, «rechigne à franchir ce pas, dont notamment le Fribourgeois Jean-François Rime. Mais la crise du parti est peut-être encore plus profonde, avec probablement de premières tensions au sein même de la direction, où Christoph Blocher est dorénavant contesté.»

Vous en voulez encore? Lisons ensemble le blog «Salegueule: politique», hébergé par la Tribune de Genève: «Les partis de gauche (PS et Verts) et de centre gauche (c’est comme cela qu’il faut probablement définir le PDC dorénavant) ont décidé de continuer à soutenir Mme Widmer-Schlumpf. C’est leur droit. Par contre, contrairement à la dernière élection, Mme Widmer-Schlumpf n’est plus une UDC, l’alibi de l’élection d’un, d’une dans ce cas, membre de l’UDC ne pourra donc plus être donné. La logique voudrait que Mme Widmer-Schlumpf remplace l’un(e) des conseillers fédéraux PS ou PDC en place puisqu’elle est soutenue avant tout par ces deux partis. La concordance serait ainsi respectée. Le PS prétend vouloir respecter la concordance en s’engageant à soutenir un UDC, mais contre un PLR. ll s’agit là d’un drôle de respect de la concordance de la part d’un parti qui la réclame pour lui-même. Les partis de droite pourraient aussi promettre aux Verts un siège s’il est pris au PS.»

Et le Sage de Coopération, Georges Plomb qui distribue ses lauriers, conclut: «L’UDC veut un deuxième siège à l’exécutif. Avec Rime et Walter, elle tient son meilleur «ticket». En théorie, le camp pro-Widmer-Schlumpf mène avec 142 voix sur 246 (socialistes, PDC, PBD, Verts historiques, Verts libéraux, etc.). Le camp pro-UDC, lui, compterait 104 voix (UDC, libéraux-radicaux, etc.). Des défections sont probables dans les deux camps. En épargnant Burkhalter et Schneider-Ammann, Walter espère faire le plein des libéraux-radicaux. Mais les socialistes somment la direction de l’UDC de dire clairement si elle visera un siège libéral-radical (en cas d’échec contre Widmer-Schlumpf). Sans réponse, ils en déduiront que l’UDC renonce au deuxième siège.»

Vous n’avez encore rien compris? Rassurez-vous, nous sommes nombreux dans ce cas.