Diplomate à l'extrême, discret, cordial, Achille Casanova occupe depuis des années un poste stratégique au sein de l'administration fédérale. Il assiste à toutes les réunions du gouvernement et dresse le procès-verbal – hautement confidentiel – de ces discussions. En vingt-quatre ans, il a ainsi participé à 1180 séances du Conseil fédéral et n'a été absent que… trois fois.

Lorsque ses «patrons» sont à l'étranger ou en vacances, il organise les conférences téléphoniques entre les conseillers fédéraux. Pendant la période des Fêtes, ces réunions à distance ont permis d'évoquer les mesures à prendre après le raz de marée qui a dévasté l'Asie du Sud. Achille Casanova est aussi chargé d'écrire les brochures officielles d'explications distribuées aux électeurs suisses avant chaque vote populaire. «J'ai rédigé les brochures pour 213 objets de votations et je suis fier qu'il n'y ait jamais eu de panne», explique-t-il.

Une source qui travaille dans l'environnement immédiat du Conseil fédéral décrit Achille Casanova comme le «pompier de la nation»: grâce à son calme, à sa rondeur et à son entregent, il donnait une apparence d'unité à un gouvernement sans chef, au fonctionnement parfois chaotique. Cet homme indispensable s'est confié au Temps.

Le Temps: Les tensions récentes au sein du Conseil fédéral ont-elles joué un rôle dans votre décision?

Achille Casanova: Non, pas du tout. J'aurai 65 ans l'an prochain et je préfère choisir moi-même le moment de prendre ma retraite plutôt que de m'entendre dire que je suis trop vieux.

– Mais, vu votre position privilégiée au cœur du gouvernement, vous avez dû sentir un changement d'ambiance depuis l'arrivée de Christoph Blocher au Conseil fédéral…

– Il y a effectivement une polarisation qui se répercute au sein des institutions. J'y vois un danger pour notre pays, parce que la Suisse a besoin de réformes et qu'on ne peut les réaliser que si les principales forces politiques se mettent d'accord.

– Le consensus helvétique n'est pourtant plus tellement à la mode…

– Je sais. Mais si l'on veut faire passer les réformes, il faut un consensus, sinon le peuple les rejettera. Je sais qu'il y a des forces politiques et de soi-disant experts comme les gens d'Avenir Suisse (ndlr: centre de réflexion libéral) qui préconisent le passage à un système majorité-opposition. Mais je pense que ce ne serait pas opportun pour notre pays.

– Vous êtes vice-chancelier depuis presque un quart de siècle. Quel est l'événement qui vous a le plus marqué?

– Le moment le plus émotionnel a été la maladie du conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, parce que j'avais un lien d'amitié particulièrement fort avec lui. Je le voyais souffrir, il a dû suspendre son activité à cause de sa maladie et, finalement, il est décédé.

– Quelles sont les qualités que votre successeur devrait avoir, selon vous?

– D'abord, ce doit être un expert de la communication. Il doit aussi être très loyal, équilibré et intéressé par la chose publique. Et discret, évidemment: pour moi, cela fait partie de la loyauté.