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Pôle muséal de Lausanne, le moment crucial

A partir de 2020 au plus tard, le site réunira arts plastiques, photo et design. Si les procédures juridiques le permettent

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Défi muséal à Lausanne

Le projet de Musée des beaux-arts à Lausanne, étape précédant la naissance d’un pôle muséal, affronte une période cruciale. Le complexe est appelé à voir le jour à côté de la gare, qui va être agrandie et transformée à son tour. A partir de 2020 au plus tard, le pôle réunira arts plastiques, photo et design à la place d’une ancienne halle aux locomotives. Si l’enthousiasme prime du côté des autorités, un groupe d’opposants fait entendre son désaccord jusqu’au Tribunal fédéral (TF).

Les procédures juridiques risquent de brouiller le message optimiste du canton, de la Ville et des CFF, voire de retarder l’inauguration du musée, prévue en 2016. La fronde pourrait trouver des relais politiques, actuellement défaillants, lors des débats parlementaires sur les crédits qui viennent d’être demandés, réveillant des envies de référendum. Bref, le sort du Musée des beaux-arts ainsi que du pôle muséal se joue d’ici à la fin de l’été.

Dans l’attente et face aux incertitudes, Pascal Broulis, en tandem avec sa collègue Anne-Catherine Lyon, apaise les inquiétudes, explique les vertus du programme, multiplie les contacts. Le conseiller d’Etat PLR s’emploie à rassurer ceux qui ont déjà donné et à persuader ceux qui hésitent; mécènes potentiels et collectionneurs.

Pascal Broulis se dit aussi prêt à écouter critiques et suggestions. A ceux qui se plaignent de l’absence de débat public, qui exigent une consultation populaire, le ministre répond qu’il a toujours su reconnaître les bonnes idées.

Le magistrat veut conjurer un deuxième échec après le refus populaire d’un bâtiment au bord du Léman en 2008. Le pôle muséal est l’un des projets phares de la législature. Il suscite de l’intérêt en Suisse comme à l’étranger et représente une «chance inouïe» de valoriser un patrimoine riche d’artistes tels que Ducros, Gleyre, Steinlen, Vallotton et Soutter, répète-t-il. Sans oublier les jeunes artistes, locaux et internationaux, qui seraient invités, ainsi que des activités de recherche.

A l’étroit dans un palais du XIXe siècle en bordure d’une place de la capitale vaudoise, les collections attendent des espaces plus confortables depuis 1992, date à laquelle le Conseil d’Etat a décidé de déménager le musée. C’est pourquoi il est hors de question pour le canton d’étudier une implantation sur la place de la Riponne, à proximité du siège actuel du musée. L’option, défendue par les opposants, a été écartée en 2009 au moment de relancer l’entreprise avec le choix de la halle aux locomotives.

Quatre ans plus tard, après avoir élaboré un projet qui s’appuie sur une large adhésion des milieux concernés, le gouvernement a adressé le 6 janvier dernier au Grand Conseil une demande de crédit d’ouvrage de 30 millions. Le montant s’additionne aux 5 millions de la Ville de Lausanne et aux contributions privées, fixées à 34 millions et dont 25,7 sont d’ores et déjà acquis.

Le tout permettra de construire un bâtiment conçu par un bureau catalan. La parcelle, actuellement inaccessible, sera transformée en promenade publique. Les lieux rendus à la ville se conjugueront avec la place de la gare, qui sera redessinée dans le sillon des travaux d’agrandissement de la station CFF. Les trains défileront à quelques mètres d’un édifice en brique «qui valorisera le passé industriel» de la friche, soulignent les autorités.

Dans la foulée, le gouvernement a sollicité 13 millions à consacrer aux études et au concours architectural pour les édifices destinés à abriter le Musée de l’Elysée (photo) et le Mudac (design), qui quitteront leurs emplacements actuels. Une fois réalisés, ils donneront vie à un quartier des arts inédit en Suisse. Cette deuxième phase coûtera 100 millions, répartis entre canton, privés et Ville. Une décision, très probablement positive, sur ces crédits, est attendue au printemps.

Or, cette marche quasi triomphale n’est pas du goût de tout le monde. Des opposants ont attaqué le plan d’affectation cantonal définissant la géographie constructible du site. Un collectif et des riverains contestent le choix des lieux et la démolition de la halle aux locomotives. La bâtisse représente un monument d’importance régionale. A ce titre, elle devrait être conservée, disent-ils. Les adversaires du pôle muséal s’inquiètent aussi du financement: d’un seul musée à 75 millions, on est passé à trois pour près de 200. Le TF rendra son verdict dans un délai de huit à dix mois.

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