L’association française de lutte contre le sida Act Up-Paris accuse les autorités bâloises d’avoir privé de médicaments l’un de ses militants atteint du VIH, alors qu’il était détenu pendant 48 heures dans un commissariat de la ville.

Le militant en question – Frédéric selon le communiqué d’Act Up – avait été arrêté mardi soir avec sept autres activistes de l’association en marge d’une manifestation devant le siège de Novartis, organisée par l’association pour «dénoncer le procès que le laboratoire intente à l’Inde contre les médicaments génériques.»

Les huit manifestants ont été arrêtés pour violation et dommage à la propriété. Selon le Ministère public bâlois, il existait un risque qu’ils échappent à leur peine puisqu’ils étaient tous citoyens étrangers, de nationalité française. Le parquet a donc décidé de les maintenir en cellule «environ 36 heures», selon les dires d’un porte-parole. Ils ont été libérés jeudi.

Selon Act Up, Frédéric aurait passé au total 48 heures en détention. Une période au cours de laquelle il aurait «clairement demandé à voir un médecin et à avoir accès à son traitement», affirme la porte-parole d’Act Up-Paris, Sibylla Péron-Noff, contactée par «Le Temps». «Il avait une dose de traitement dans sa voiture, poursuit-elle. A plusieurs reprises, il a demandé à y avoir accès. Mais dans le commissariat, tout le monde ne semblait parler qu’allemand. Donc, soit on lui demandait de se taire, soit on ne lui répondait simplement pas.»

Versions divergentes

Interrogé, le Ministère public bâlois n’a pas été en mesure de répondre précisément à nos questions. «Je ne peux émettre que des hypothèses à ce stade, explique le commissaire René Gsell. Peut-être que la police ne savait pas que Frédéric était séropositif. Peut-être que ce dernier ne l’a pas signifié clairement. En tout état de cause, de manière générale, si une personne placée en détention a besoin de médicaments, elle nous en informe et nous faisons venir un médecin pour qu’il fasse le nécessaire.»

Pourtant, toujours selon Act Up, «la diplomatie française s’est renseignée auprès des autorités suisses sur les conditions de détentions [de ses militants], en insistant sur l’état de santé de certains d’entre eux. Les autorités suisses ont menti à la France en affirmant que les personnes détenues avaient eu accès aux médicaments et que leurs droits étaient respectés.»

En l’espèce, selon un autre représentant d’Act Up, Jérôme Martin, c’est le consulat français à Zurich qui aurait pris contact avec les autorités bâloises. Vendredi soir, un représentant du consulat a répondu au «Temps» qu’en l’absence de consigne de sa hiérarchie, il ne pouvait pas faire de commentaire à ce stade.

Dans un communiqué, Act Up-Paris demande d’ores et déjà «une enquête de la part des autorités suisses sur les conditions d’incarcération des militants français», ainsi qu’une «position publique ferme de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, sur les mensonges que les autorités suisses ont proférés aux représentants de la diplomatie française et sur le fait qu’une personne vivant avec le virus du sida se soit vue privée de ses médicaments.»