Tandis que socialistes et démocrates-chrétiens jurassiens échafaudent, dans la douleur, leurs stratégies pour conserver leurs deux sièges au gouvernement lors des élections cantonales de l'automne prochain, le Parti libéral-radical, rejeté dans l'opposition en 2002, et le Parti chrétien-social indépendant cultivent l'union sacrée derrière d'uniques candidats, Michel Probst pour le PLR et Laurent Schaffter au PCSI, ministre de l'Equipement et de l'environnement élu en 2002. Le PCSI en a fait officiellement son candidat à un second mandat jeudi soir, sur fond de polémique: autoproclamé représentant du centre gauche, Laurent Schaffter est accusé par les socialistes de ne pas être à gauche. Le principal intéressé s'en défend.

Le Temps: Coincé entre deux PDC et deux PS, vous faites souvent la majorité au gouvernement jurassien. Comme pour exiger des économies sur le dos des enseignants où vous avez voté avec le PDC. Etes-vous à la solde du PDC?

Laurent Schaffter: Dans ce dossier précis des économies, j'ai voté selon mes convictions, persuadé que des mesures sont nécessaires pour ne pas accumuler indéfiniment des déficits. Le projet prévoyait une répartition équitable des effets sur le corps enseignant et la fonction publique. Je ne suis à la solde de personne.

- Comment avez-vous, concrètement, fait passer votre fibre sociale dans les décisions gouvernementales?

- Pratiquement, aucun des projets à caractère social, par exemple concernant les crèches ou les centres de jeunesse, n'aurait passé la rampe du gouvernement sans mon appui. J'ai soutenu tous les projets en faveur de la justice sociale. Aucun parti n'a le monopole du social et de la solidarité.

- Qu'avez-vous fait aux socialistes pour qu'ils vous cataloguent à droite?

- J'ai pris connaissance avec surprise de cette appréciation, faite en particulier par Jean-Claude Rennwald. L'accusation émane, me semble-t-il, de certains dirigeants socialistes doctrinaires. Avec l'électorat de base de la gauche, je n'ai aucun problème. Un chrétien-social n'est pas un socialiste, son approche est plus pragmatique. J'estime indispensable de proposer un financement à toute mesure préconisée.

- Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'être en campagne pour votre réélection depuis quatre ans, de n'avoir roulé que pour vous, en organisant par exemple une manif sur la place Fédérale pour défendre la Transjurane?

- Ce n'est pas ma faute si la quasi-totalité des dossiers que j'ai conduits a connu une issue favorable et que ça s'est su. La manif de Berne a permis de débloquer des crédits pour notre autoroute. Les manifestants ne roulaient pas pour Schaffter, mais pour l'intérêt du Jura.

- On vous a surtout vu comme ministre de l'Equipement et des routes. Avez-vous mis l'environnement de côté?

- Mon action est, sur ce plan, moins visible, mais pas moins intense. Avec mes collaborateurs, nous intégrons dans toutes les décisions les principes du développement durable. Je ne suis pas un ayatollah de l'écologie. Je l'aborde avec réalisme.

- Dans sa composition actuelle, le gouvernement jurassien peine à trouver une cohésion. A qui la faute? Y a-t-il une formule plus adéquate?

- Je ne partage pas l'appréciation qui dit que le gouvernement manque de cohésion. Une grande part des décisions prises l'a été par consensus. Les Jurassiens aspirent à avoir un gouvernement composé de personnalités capables de servir l'intérêt général du canton, avant celui des partis politiques. Peu importe la formule politique, nous avons besoin de personnalités.