C'est jeudi matin que Luca Fumagalli a terminé l'analyse de la crotte trouvée aux abords d'un carnage qui avait vu, le 12 juillet dernier dans le val des Dix, trois moutons être égorgés et 14 autres blessés par un prédateur. Le résultat sans équivoque – la bête était bien un loup de souche italienne – n'a pas surpris grand monde: un loup avait été aperçu par des promeneurs le 3 juillet, sur le territoire de la commune de Veysonnaz, fief du chef du Département de la sécurité et des institutions, Jean-René Fournier. Un territoire distant d'une dizaine de kilomètres du lieu du crime, un alpage situé sur la commune d'Hérémence, royaume natal du chef du Service cantonal de la chasse, Narcisse Seppey. Ce qui dénote chez ce loup-là, animal pourtant réputé timide, un certain goût du risque et de la provocation.

«Pourquoi le loup n'attaque-t-il plus?»

Depuis le 12 juillet pourtant, la bête ne s'est plus manifestée. Ce qui, selon Luca Fumagalli, n'est guère surprenant: «Pourquoi le loup n'attaque-t-il plus? mais il faut le lui demander! Peut-être n'a-t-il plus faim, peut-être est-il allé voir ailleurs ou se nourrit d'autre chose, de gibier par exemple. Il y a mille raisons qui peuvent expliquer cette abstinence soudaine. Le loup est un animal sauvage, donc imprévisible et qui mène sa vie à lui.» Un avis que partage Philippe Dubois, responsable du Valais romand au Service cantonal de la chasse et de la pêche et nouvel adjoint de Narcisse Seppey: «Depuis lors, les bergers du troupeau attaqué montent la garde, y compris la nuit, avec notamment des feux de camp. D'ailleurs, un loup rassasié peut rester quelques jours sans manger. Et il y a les 20 bêtes qui avaient disparu lors de l'attaque et qu'on n'a pas retrouvées. Enfin, cette région est une réserve de chasse, avec, par exemple, des colonies de bouquetins, dont des cabris.» Les gardes-chasses pour l'heure n'ont retrouvé aucune dépouille. Mais, selon Philippe Dubois, cela ne veut pas dire grand-chose: «Un loup peut dévorer entièrement un cabri et ne rien laisser, même pas les os. De plus, une carcasse abandonnée disparaît en deux jours, nettoyée par les animaux nécrophages, comme les renards ou les corbeaux.»

Une thèse réfutée

Pour autant, et en précisant que c'est là son avis personnel mais aussi celui de son chef, Philippe Dubois refuse l'équation loup italien = loup sauvage: «Le loup de Veysonnaz a été aperçu en plein jour, or à l'état sauvage il s'agit d'un animal essentiellement nocturne. Ce qui me frappe, c'est qu'on n'ait jamais retrouvé de traces de leur passage dans la vallée d'Aoste ou de l'Ossola. Il n'y a certes pas de loups italiens en captivité en Suisse, mais il est relativement facile de s'en procurer, paraît-il, dans des élevages italiens.» Le fait que la communauté scientifique dans sa majorité réfute la thèse d'une introduction artificielle du loup en Valais n'impressionne guère Philippe Dubois: «Tout dépend avec qui l'on parle. Les biologistes en général ont intérêt à accréditer la thèse d'un retour naturel, qui leur procure des mandats, des études. Une réintroduction du loup par des «amis de la nature» me semble probable.»

L. N.