Le Conseil de la magistrature du canton de Fribourg crée à nouveau la polémique. Répondant à une question du député Benoît Rey (PCS), le Conseil d'Etat a rendu public vendredi la rémunération des neuf membres de cet organe qui exerce la surveillance du pouvoir judiciaire et préavise les élections des magistrats. Or, stupeur au sein du landerneau politique: les conseillers de la magistrature touchent un jeton de présence de 500 francs par séance, lequel s'ajoute à une indemnité annuelle de 1500 francs. Cette dernière s'élève même à 7500 francs pour la présidente, Antoinette de Weck (PLR), et à 3000 francs pour le vice-président, Peter Hänni. Comme les membres du conseil tiennent deux séances par mois, leur émolument est assez coquet.

«C'est bien payé», clament en chœur les députés Jean-Pierre Dorand (PDC) et Stéphane Peiry (UDC). «Ces indemnités sont très élevées», surenchérit le socialiste Pierre Mauron. Et les trois élus de comparer ces montants avec ceux touchés pour une présence en commission parlementaire: 170 francs. En outre, relèvent-ils, la plupart des commissions de l'Etat allouent des indemnités encore plus basses, de l'ordre de 100 francs par séance.

Boîte de pandore

«Je suis étonné d'un tel jeton de présence. Comment le justifie-t-on», questionne Jean-Pierre Dorand? En fait, le montant a été fixé par le Conseil d'Etat, après une entrevue avec le Conseil de la magistrature, relate le ministre Erwin Jutzet (PS), qui représente le gouvernement au sein de celui-ci. Pour une raison qu'il ignore, l'arrêté y relatif n'a pas été rendu public.

Erwin Jutzet peine à se prononcer sur la justesse de ces émoluments. «On ne pouvait pas appliquer les tarifs usuels, c'était trop bas pour un tel organe.» Et d'expliquer que le gouvernement a chargé un groupe de travail de réaliser un inventaire des commissions, qui risquent de se transformer en «boîtes de pandore» tant leur traitement est disparate.

Quant à Antoinette de Weck, elle reconnaît que, comparées aux autres commissions, les indemnités du Conseil de la magistrature sont élevées. «Mais elles correspondent à une grande charge de travail. Et ce n'est pas une commission comme les autres. C'est un organe constitutionnel, doté d'une mission de surveillance. Il faut savoir quelle justice on veut», note-t-elle.

La radicale souligne en outre que les membres de la commission du Réseau hospitalier fribourgeois ou des conseils d'administration du Groupe E et de la banque cantonale sont bien mieux payés. Aussi la question de Benoît Rey - qui ne souhaite pas s'exprimer avant d'avoir analysé en détail les chiffres - était-elle «mesquine» et purement politique.