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La police a divisé Genève jusqu’au bout

La loi passe de justesse avec un écart des voix historiquement faible. Le ministre Pierre Maudet siffle la fin du match mais le MCG et les syndicats de police se sentent renforcés dans leur légitimité

La police a divisé Genève jusqu’au bout

Votation La loi passe de justesse. L’écart des voix est historiquement faible

Le ministre Pierre Maudet siffle la fin du match

Le MCG et les syndicats renforcés

Jamais Genève n’avait connu score aussi serré. La nouvelle loi sur la police est acceptée avec seulement 42 voix d’écart. Ce résultat «faiblement positif», selon l’expression de François Longchamp, le président du gouvernement, devra encore être validé en début de semaine prochaine.

Autant dire que le conseiller d’Etat Pierre Maudet a eu très chaud. Face à la presse, le ministre de la Sécurité a dit sa satisfaction et son soulagement d’avoir franchi le cap qui permet de poser le décor de la réforme. «Il y aura un avant et un après 8 mars», a-t-il ajouté en faisant référence à la dureté de la campagne et au travail qui reste à faire pour mettre en musique ce texte tout en changeant l’état d’esprit au sein de l’institution. Après un tel vote, ce n’est pas gagné.

Le suspense aura été intense. Dès midi, le dépouillement donnait une très faible avance aux partisans de la loi portée par le magistrat libéral-radical et qui vise à redessiner les contours de la police du futur. Ce sont essentiellement les petites communes qui ont dit oui à la LPol. Au fur et à mesure que tombaient les résultats du centre et des grandes communes suburbaines, l’écart s’est réduit pour devenir infime. La Ville de Genève avec ses quartiers chauds et populaires comme les Pâquis, ainsi que Meyrin, Vernier Onex ou encore Lancy, refusent la loi. La participation de 47,19% est dans la moyenne de ce que connaît le canton.

Le positionnement anarchique des formations politiques rend difficile toute interprétation partisane du résultat. La droite est partie divisée avec une UDC qui combattait la réforme aux côtés du MCG, principal fer de lance de la contestation. La gauche était encore plus déchirée. Les Verts et les socialistes ont très mollement soutenu la LPol après l’avoir pourtant votée au parlement et les principaux syndicats de la fonction publique y étaient opposés, sans doute par soutien corporatiste et par calcul. Enfin, Ensemble à gauche a mené combat contre une «loi liberticide, néolibérale et antisyndicale».

Difficile de dire ce que l’électeur aura compris de cette multiplication des fronts et d’une campagne passionnelle qui n’avait que peu de rapport avec un projet somme toute assez technique et ennuyeux. Pour le PDC, ce score «démontre que les partis populistes ont largement mobilisé la fonction publique et les habitants des communes suburbaines sur des sujets qui n’étaient pas l’objet de la loi. La majorité républicaine doit prendre acte de cette réalité et mener une réflexion sur les moyens d’être mieux entendue par cette frange de la population».

Pierre Maudet en tout cas a eu des mots sévères pour des «arguments franchement mensongers» et autres procédés «détestables» employés par certains opposants. Pour expliquer son échec dans les centres névralgiques où les nouveaux concepts ont pourtant été expérimentés, le ministre a encore dit avoir eu l’impression de s’être «battu comme un lion mais pas forcément avec tout le soutien attendu».

Il faisait référence au silence embarrassé de la gauche qui n’a pas souhaité s’impliquer dans ce débat. Il suffit de lire le communiqué de presse du Parti socialiste pour s’en convaincre. Après s’être félicité de l’acceptation de la loi, celui-ci attaque Pierre Maudet pour «sa communication maladroite», «sa gestion opaque du dossier» et «une mise en scène exacerbée de sa personne au détriment d’un débat d’idée». Comme allié, même de circonstance, on peut trouver mieux.

Quant au président du MCG et ancien policier Roger Golay, il ne cache pas une certaine frustration après être passé si près du but. «Le MCG est devenu incontournable sur cette question. Le Conseil d’Etat devra nous écouter au moment de rédiger son règlement d’application. Nous veillerons à ce que les promesses soient tenues, que la sécurité des Genevois soit effectivement améliorée et que des policiers au rabais ne soient pas engagés», souligne-t-il.

Cette concertation, Pierre Maudet a promis de l’avoir à l’esprit au moment de préparer les diverses directives et ordres de service qui devront accompagner l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Un message est ainsi adressé aux policiers pour mener à bien et ensemble ce travail en faveur de la population. Une écoute qui aura toutefois des limites.

«La fin du match est sifflée du moment où le peuple a voté», a prévenu le conseiller d’Etat. Les syndicats qui pourraient se sentir confortés par le résultat des urnes sont avertis. «La loi sera appliquée sur la forme et sur le fond avec intelligence», a ajouté Pierre Maudet. Il faudra encore attendre pour savoir ce que cela signifie.

En attendant la confirmation du scrutin, Genève peut croire à la réforme de fond dont le canton parle depuis une quinzaine d’années. Une première ébauche a été votée en 2004 par le Grand Conseil mais cette «réformette», accouchée dans la douleur après 27 séances de commission et des protestations très bruyantes des syndicats de police, ne portait que sur les effectifs et le système des promotions.

Avec la nécessaire redéfinition des missions et la réorganisation de l’institution, lancées à l’époque de la ministre libérale Isabel Rochat et retravaillées par son successeur, cette police en perpétuel chantier pourra peut-être trouver un peu de stabilité avec le vote de dimanche.

«Les partis populistes ont largement mobilisé la fonction publique et les habitants des centres suburbains»

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